Niger. Les défenseurs des droits humains détenus arbitrairement dont le procès débute aujourd’hui doivent être libérés immédiatement et sans condition

L'ouverture aujourd’hui du procès de quatre défenseurs des droits humains au Niger est l’occasion pour les autorités de démontrer leur volonté de respecter leurs obligations en matière de droits humains en mettant un terme aux poursuites engagées, a déclaré Amnesty International.

Moussa Tchangari, Ali Idrissa, Nouhou Arzika et Lirwana Abdourahmane, quatre défenseurs des droits humains, font partie d’un groupe de personnes arrêtées et placées en détention le 25 mars par les forces de sécurité. Ils ont été inculpés deux jours plus tard pour « organisation et participation à une manifestation interdite », « complicité de violences », « agression » et « destruction de biens » en raison de l’organisation d’une manifestation pacifique à laquelle ils n’avaient pas participé.

Ces défenseurs ont déjà passé trois mois derrière les barreaux, dans des prisons situées à une distance de 60 à 180 kilomètres de leurs familles et de leurs proches, et sur la base d’accusations taillées de toutes pièces. Ils sont détenus uniquement en raison de leur travail pacifique en faveur des droits humains
Kiné Fatim Diop, chargée de campagne sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International

« Ces défenseurs ont déjà passé trois mois derrière les barreaux, dans des prisons situées à une distance de 60 à 180 kilomètres de leurs familles et de leurs proches, et sur la base d’accusations taillées de toutes pièces. Ils sont détenus uniquement en raison de leur travail pacifique en faveur des droits humains, » a déclaré Kiné Fatim Diop, chargée de campagne sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

« A l’occasion de l’ouverture de leur procès, Amnesty International réaffirme son appel à leur libération immédiate et sans condition, de même que celle de tous les manifestants détenus uniquement pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté de réunion et d’expression.»

Même si leurs organisations respectives avaient planifié et organisé la manifestation du 25 mars demandant l’abrogation de la loi de finances 2018, les quatre défenseurs des droits humains n’y avaient pas pris part. Ils seront néanmoins arrêtés par les forces de sécurité.

La manifestation avait été interdite par le président de la délégation spéciale de la capitale Niamey le 23 mars pour « des raisons évidentes de sécurité » et « au regard du contexte sécuritaire actuel au Niger et dans la sous-région d’une part, et d’autre part des récentes attaques terroristes ».

Le 25 mars, des manifestants se sont présentés devant le point de rendez-vous où ils se sont retrouvés face aux forces de sécurité qui l’avaient encerclé afin de les empêcher de se rassembler. Elles ont utilisé des grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants. Des affrontements entre des manifestants et la police ont ainsi éclaté. Certains manifestants ont jeté des pierres et brûlé des pneus même si la société civile avait appelé au calme à plusieurs reprises. Dix-neuf manifestants ont été arrêtés et inculpés.

Pourtant, un rassemblement public en faveur de la loi de finances 2018 organisé par des partisans du pouvoir en place avait été autorisé plus tôt en mars.

Moussa Tchangari est le secrétaire général de l’organisation de défense des droits humains Alternative Espaces Citoyens (AEC) qui travaille sur les droits économiques et sociaux et la lutte contre l’impunité. Ali Idrissa est le coordonnateur du Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire (ROTAB). Nouhou Arzika est le président du Mouvement pour la promotion de la citoyenneté responsable (MPCR). Lirwana Abdourahamane est un avocat et militant des droits humains. Ce dernier a été arrêté alors qu’il quittait les locaux de la chaîne de télévision Labari TV, où il avait été invité pour parler de la manifestation.

« Les autorités du Niger doivent s’assurer que les défenseurs des droits humains puissent mener leurs activités légitimes en faveur des droits humains sans restrictions ni craintes de représailles,» a déclaré Kiné Fatim Diop.