Philippines. Réintégrer la police dans la «guerre contre la drogue» risque de relancer les massacres

En réaction aux informations selon lesquelles le président des Philippines Rodrigo Duterte a ordonné à la police de reprendre son rôle dans la « guerre contre la drogue » que mène son gouvernement, James Gomez, directeur régional pour l’Asie du Sud-Est et le Pacifique à Amnesty International, a déclaré :

« En réintégrant la police dans ses opérations antidrogue, le président Rodrigo Duterte met les plus pauvres et les plus marginalisés aux Philippines en première ligne d’une nouvelle vague de violence, de détresse et d'effusion de sang.

« Depuis que la police a été retirée des opérations antidrogue en octobre, on constate une nette diminution du nombre de victimes qui en résultent. Comment croire que cette tendance ne va pas s’inverser, si la police a la possibilité de reprendre là où elle s’était arrêtée et de renouer en toute impunité avec les homicides menés sans discrimination ?

« Il est temps que les mécanismes de justice internationale, notamment la Cour pénale internationale (CPI), interviennent, car le système de justice pénale des Philippines manque à son devoir. La CPI doit ouvrir un examen préliminaire sur les milliers d'homicides illégaux qui ont eu lieu, susceptibles de constituer des crimes contre l'humanité. Les responsables présumés de ces homicides, y compris ceux qui les ont ordonnés, doivent être déférés à la justice. »

Complément d'information

Le 12 octobre 2017, le président des Philippines Rodrigo Duterte a réduit le rôle de la police dans les opérations liées aux stupéfiants au profit de l’Agence nationale de lutte contre les stupéfiants. Le 22 novembre cependant, il a déclaré dans un discours à la nation qu'il envisageait de revenir sur cette décision.

C'est la deuxième fois que la police est retirée, puis réintégrée dans les opérations antidrogue. La dernière fois, c'était en janvier 2017, avant sa réintégration en mars 2017.

L'Agence nationale de lutte contre les stupéfiants est chargée au titre de la loi de faire appliquer toutes les dispositions légales relatives aux stupéfiants interdits.