Mauritanie. Il faut que la condamnation à mort d’un blogueur pour apostasie soit annulée

Il faut que les autorités mauritaniennes libèrent immédiatement et sans condition le défenseur des droits humains Mohamed Mkhaïtir, condamné à mort pour avoir critiqué le fait que l’islam serve à justifier des pratiques discriminatoires à l’égard de minorités ethniques, a déclaré Amnesty International à la veille du procès en appel.

Mohamed Mkhaïtir, condamné à mort en décembre 2014 pour une publication « blasphématrice » sur Facebook, comparaîtra pour la deuxième fois devant la cour d’appel de Nouadhibou, dans le nord-ouest de la Mauritanie, ce mercredi 8 novembre.

Cette affaire est absurde et constitue un véritable revers pour la liberté d’expression, dans un pays qui n’a pas infligé de châtiment pour apostasie en plus de 50 années d’indépendance.
Kiné-Fatim Diop, chargée de campagne pour l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International

« Cette affaire est absurde et constitue un véritable revers pour la liberté d’expression, dans un pays qui n’a pas infligé de châtiment pour apostasie en plus de 50 années d’indépendance, a déclaré Kiné-Fatim Diop, chargée de campagne pour l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

« Mohamed Mkhaïtir est un prisonnier d’opinion, détenu depuis trois ans pour le simple fait d’avoir exercé son droit à la liberté d’expression et de s’être opposé à la discrimination. Sa scandaleuse condamnation à mort doit être annulée et il doit être remis immédiatement en liberté, sans condition. »

En décembre 2013, Mohamed Mkhaïtir a diffusé sur Facebook un billet intitulé La religion, la religiosité et les forgerons, dans lequel il condamnait le recours à la religion pour justifier des pratiques discriminatoires à l’égard de la caste des forgerons, à laquelle il s’identifie. À la suite de cette publication, il a reçu des appels téléphoniques de menace l’accusant de blasphème. Le billet a été repris par plusieurs sites Internet avant d’être supprimé.

Mohamed Mkhaïtir a rédigé un deuxième texte expliquant que son article visait à dénoncer les personnes qui invoquent la religion pour rabaisser des membres de castes inférieures.  Des milliers de manifestants ont investi les rues de plusieurs villes, notamment Nouadhibou et Nouakchott, la capitale, pour demander la condamnation à mort de Mohamed Mkhaïtir.

Le blogueur a été arrêté le 5 janvier 2014 et inculpé d’apostasie. Au cours des six premiers mois de sa détention, il a été maintenu à l’isolement dans une cellule dépourvue de toilettes et de douche.

À son procès, il s’est repenti en public, déclarant qu’il n’avait pas eu l’intention de parler avec légèreté du prophète Mahomet dans ses écrits. Il a été déclaré coupable et condamné à mort le 25 décembre 2014. En avril 2016, la cour d’appel de Nouadhibou a confirmé la peine et renvoyé l’affaire devant la Cour suprême afin que celle-ci évalue la véracité de la repentance. La Cour suprême a annulé la décision et renvoyé l’affaire devant la cour d’appel de Nouadhibou.

« Cette condamnation à mort va totalement à l’encontre des obligations de la Mauritanie aux termes du droit international relatif aux droits humains, en particulier de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, à laquelle elle est partie, a déclaré Kiné-Fatim Diop.

« Il faut que les autorités libèrent Mohamed Mkhaïtir sans délai et mettent fin aux poursuites grotesques dont il fait l’objet, qui sont néfastes à sa santé et à sa vie. »