Chine. Le procès dont fait l’objet « Le Boucher », un militant de renom, est une cruelle mascarade

Les autorités chinoises doivent cesser de persécuter le militant de renom Wu Gan et doivent le libérer immédiatement et sans condition, a déclaré Amnesty International à l’approche de son procès qui se tiendra le 14 août.

Le procès de Wu Gan est une cruelle mascarade. Il est en réalité sanctionné pour avoir refusé de mettre fin à ses campagnes innovantes et légitimes en faveur de la justice en Chine
Patrick Poon, chercheur sur la Chine à Amnesty International

Wu Gan, plus connu sous son nom de plume « Le Boucher super-vulgaire », sera jugé lors d’une audience à huis clos à Tianjin pour « subversion du pouvoir de l’État » ; un chef d’inculpation passible de la réclusion à perpétuité.

Le tribunal affirme que l’audience doit se tenir à huis clos en raison du caractère « confidentiel » de certaines informations des éléments de preuve.

« Le procès de Wu Gan est une cruelle mascarade et il est impossible qu’il bénéficie d’un procès équitable dans le cadre de ces poursuites motivées par des considérations politiques. Il est en réalité sanctionné pour avoir refusé de mettre fin à ses campagnes innovantes et légitimes en faveur de la justice en Chine », a déclaré Patrick Poon, chercheur sur la Chine à Amnesty International.

« La décision des autorités de mener le procès à huis clos semble être une tentative calculée et honteuse de dissimuler l’injustice qu’elles font subir à Wu Gan. »

Wu Gan est en détention provisoire prolongée depuis près de 27 mois. Il a déclaré à ses avocats qu’il a été torturé pendant sa détention, et sa famille n’a pas pu lui rendre visite. 

Le militant de renom avait initialement été arrêté lors d’une manifestation devant un tribunal organisée en mai 2015 contre une erreur judiciaire commise dans le cadre d’une affaire passible de la peine de mort remontant à 2000. Les quatre hommes déclarés coupables dans cette affaire ont été innocentés en 2016 et ont chacun reçu 2,27 millions de yuans d’indemnisation pour leur condamnation à tort.

« Le fait que la lutte de Wu Gan pour la justice pour d’autres lui ait finalement coûté sa propre liberté est d’une ironie amère », a déclaré Patrick Poon.

Après son arrestation, Wu Gan a été critiqué par les médias d’État pour des motifs liés à sa vie privée et ses précédentes actions militantes. Wu Gan est un militant célèbre en Chine depuis 2009 et est reconnu pour ses méthodes innovantes permettant de lier les actions en ligne et sur le terrain, de mettre en lumière les violations des droits humains et de récolter des fonds sur internet pour financer ses activités.

Peu de temps avant son arrestation, Wu Gan avait promis d’offrir une récompense à quiconque pourrait lui fournir les images vidéo montrant deux policiers abattant un homme à Qing’An (province du Heilongjiang), afin de rassembler des éléments de preuve pour cette affaire.

Avant d’être placé en détention, il était assistant administratif au cabinet juridique Fengrui à Pékin, qui a travaillé sur de nombreuses affaires sensibles. Le cabinet juridique a été pris pour cible par les autorités dans le cadre de la récente répression contre les avocats spécialistes des droits humains, et a été accusé par les médias d’État d’être au centre d’un « vaste réseau criminel ».

Près de 250 avocats et militants ont été arrêtés dans le cadre de cette répression.