Russie. Des centaines de manifestants pacifiques arrêtés, humiliés et maltraités par la police

Des centaines de personnes qui manifestaient contre la corruption dans les deux plus grandes villes de Russie ont été soumises au cours des dernières 48 heures à un traitement cruel et dégradant alors qu’elles se trouvaient en garde à vue, tandis que la répression continuait de s’abattre sur les participants aux grands rassemblements qui ont eu lieu le 12 juin, a déclaré Amnesty International mercredi 14 juin.

« Les autorités russes ont recours aux détentions massives pour écraser la contestation non violente, a déclaré Denis Krivocheïev, directeur-adjoint d’Amnesty International chargé de l’Europe et de l’Asie centrale. Mais les représailles ne s’arrêtent pas là. À Moscou et à Saint-Pétersbourg, des centaines de manifestants pacifiques ont passé la nuit en cellule dans des commissariats, dans des conditions dégradantes, dans des locaux surpeuplés, privés la plupart du temps de nourriture, de matériel de couchage et même d’accès à des installations sanitaires. »

À Moscou et à Saint-Pétersbourg, des centaines de manifestants pacifiques ont passé la nuit en cellule dans des commissariats, dans des conditions dégradantes
Denis Krivocheïev, directeur-adjoint d’Amnesty International chargé de l’Europe et de l’Asie centrale

« Nous avons reçu de nombreuses informations faisant état de personnes entassées les unes sur les autres dans des commissariats où la police, totalement débordée par le nombre de cas à traiter, obligeait les gens à passer la nuit par terre, voire dans la rue, en les maintenant en garde à vue. Il est scandaleux de placer les gens en détention dans de telles conditions inhumaines, qui plus est après les avoir arrêtés pour avoir simplement exprimé leur opinion sans violence. »

Selon le groupe de surveillance OVD-Info, les forces de police russes ont procédé à au moins 1 721 interpellations de manifestants pacifiques le 12 juin, pulvérisant leur précédent record, établi en mars dernier, où plus d’un millier de personnes avaient été arrêtées lors d’une autre série de manifestations non violentes.

La dernière vague d’arrestations s’est traduite par quelque 800 interpellations dans la seule ville de Moscou, et par un nombre à peu près équivalent à Saint-Pétersbourg. Plusieurs dizaines personnes ont également été placées en détention dans d’autres villes, aux quatre coins du pays. Si la plupart ont été rapidement libérées après l’établissement par la police d’un rapport de détention administrative les concernant, le retard pris dans le traitement des dossiers a contraint des centaines de personnes à attendre jusqu’au lendemain que les formalités soient effectuées, voire, pour beaucoup d’entre elles, d’être jugées.

Dans un commissariat du quartier Kalinine de Saint-Pétersbourg, par exemple, 10 manifestants pacifiques ont été entassés dans une pièce exiguë, avec seulement trois chaises et sans le moindre lit. Ils ont passé deux nuits dans ces conditions, en attendant de comparaître devant des tribunaux débordés par le nombre de personnes à juger.

Dans un autre commissariat du même quartier, six autres personnes se sont elles aussi plaintes des conditions déplorables dans lesquelles elles ont été détenues. Elles ont été transférées depuis le tribunal dans une voiture bondée. Selon leurs témoignages, elles étaient si serrées qu’elles pouvaient à peine respirer. Ces personnes affirmaient ne pas avoir pu dormir pendant deux jours et avoir été contraintes de passer jusqu’à cinq jours dans une cellule sans le moindre couchage pour purger leur peine « d’arrestation administrative », au motif que les autres cellules étaient déjà surpeuplées.

À Moscou, au moins trois personnes ont été obligées de passer la nuit dehors, devant le commissariat du quartier Alexeïev, faute de places dans les cellules.

Les autorités russes ont manifestement voulu faire passer un message supplémentaire en faisant en sorte que les détentions durent et qu’elles soient humiliantes et pénibles.
Denis Krivocheïev, directeur-adjoint d’Amnesty International chargé de l’Europe et de l’Asie centrale

« Les autorités russes ont manifestement voulu faire passer un message supplémentaire en faisant en sorte que les détentions durent et qu’elles soient humiliantes et pénibles, a déclaré Denis Krivocheïev. Les autorités russes doivent cesser d’arrêter des manifestants pacifiques, dont le seul "crime" est de déplaire à ceux qui sont au pouvoir. Et s’il s’avère qu’un manifestant a été arrêté pour une infraction reconnue au niveau international, il doit être traité humainement. »

Amnesty International réitère son appel aux autorités russes pour qu’elle relâche immédiatement et sans conditions tous les manifestants pacifiques placés en détention uniquement pour avoir voulu exercer leur droit à la liberté d'expression et de réunion non violente dans le cadre des rassemblements contre la corruption.