Asie du Sud-Est. Elles tiennent tête aux gouvernements qui ne respectent pas les droits humains

À l'occasion de la Journée internationale des femmes, Amnesty International tient à saluer le travail de cinq éminentes militantes des droits humains qui ont fait l'objet de harcèlement, de menaces, d'incarcérations et de violences pour avoir défendu les droits humains dans cette région.

« En Asie du Sud-Est, peu de gouvernement peuvent être fiers de leur bilan en matière de droits humains ; en revanche, on ne compte plus les femmes de la région qui sont prêtes à braver le danger pour se dresser contre l'injustice », a déclaré Champa Patel, directrice pour l'Asie du Sud-Est et le Pacifique à Amnesty International.

« En cette Journée internationale des femmes 2017, nous tenons à mettre en avant cinq femmes, de cinq pays différents, dont l'héroïsme est source d'inspiration pour beaucoup dans la région et dont les contributions à la société devraient être saluées plutôt que condamnées. »

Thaïlande : Sirikan Charoensiri

L'avocate Sirikan Charoensiri défend régulièrement des clients qui sont soumis à des investigations et poursuivis pour avoir défendu pacifiquement des droits fondamentaux garantis par le droit international. Elle fait aussi partie des membres de premier plan de la société civile thaïlandaise. Inculpée de trahison et de violation d'une interdiction des rassemblements « politiques » de plus de quatre personnes, elle risque 15 ans d'emprisonnement. Ces chefs d'inculpation ont été prononcés en lien avec son travail d'avocate pour des clients poursuivis pour avoir manifesté pacifiquement.

D'autres défenseures des droits humains œuvrant pour la justice en Thaïlande, telles que Pornpen Khonkachonkiet et Anchana Heemina, ont aussi fait l'objet de poursuites pénales et de harcèlement.

Malaisie : Maria Chin Abdullah

En novembre 2016, Maria Chin Abdullah a été détenue à l'isolement pendant 11 jours, sans avoir été jugée. Âgée de 60 ans, cette mère de trois enfants à la voix douce a été arrêtée au titre de l'article 124C du Code pénal pour activités « préjudiciables à la démocratie parlementaire » et incarcérée en vertu de la Loi sur les atteintes à la sécurité (Mesures spéciales).

Cette loi draconienne autorise les détentions pendant de longues périodes dans des lieux tenus secrets sans aucun contrôle par une autorité judiciaire.  Le seul « crime » de Maria Chin Abdullah est d'avoir organisé la manifestation Bersih (« propre » en malais), qui a rassemblé pacifiquement dans les rues des milliers de personnes réclamant une réforme électorale et une bonne gouvernance.

Maria Chin Abdullah est la plus connue des 15 militants de la société civile arrêtés pour diverses infractions au Code pénal en lien avec le rassemblement Bersih. Elle a aussi déjà, à plusieurs reprises, été visée par des enquêtes et inculpée aux termes de la Loi de 2012 sur les rassemblements pacifiques pour avoir organisé d'autres manifestations non violentes ou y avoir participé.

Cambodge : Tep Vanny

Tep Vanny, défenseure du droit au logement, est incarcérée depuis août 2016 dans la prison Prey Sar CC2 de Phnom Penh. Les autorités l'ont placée en détention afin de la réduire au silence et de faire peur aux autres militants.

Tep Vanny et les habitants de son quartier protestent depuis presque dix ans contre les expulsions forcées de personnes vivant sur les rives du lac Boeung Kak, dans la capitale cambodgienne, et se sont ainsi attiré les foudres des autorités.

Elle et les autres militantes du lac Boeung Kak ont fait l'objet d'arrestations arbitraires, de violences de la part d'agents de sécurité, de procès inéquitables et d'incarcérations pour leurs actions de protestation pacifiques.

Philippines : Leila de Lima

En février 2017, le président Rodrigo Duterte a élargi sa « guerre contre la drogue », cherchant à réduire au silence ses principaux détracteurs. La sénatrice Leila de Lima, ancienne ministre de la Justice et ancienne présidente de la Commission philippine des droits humains, a été arrêtée sur des accusations motivées par des considérations politiques. Actuellement détenue au siège de la police nationale à Manille, elle pourrait encourir jusqu'à 12 ans d'emprisonnement si elle était déclarée coupable.

Leila de Lima est devenue la cible du discours de division de Rodrigo Duterte lorsqu'elle a convoqué, en août 2016, une audition du Sénat sur la vague d'exécutions extrajudiciaires de personnes soupçonnées d'avoir commis des infractions à la législation sur les stupéfiants, qui avait à l'époque déjà fait plus de 2 000 victimes. Elle est depuis la cible d'une campagne de dénigrement. En février 2017, le président a déclaré devant une foule de sympathisants : « Si j'étais De Lima, mesdames et messieurs, j'irais me pendre. »

Leila de Lima reste déterminée. « Mon arrestation, a-t-elle déclaré avant d'être emmenée par la police, est un signe effroyable du retour à un gouvernement brutal, avide de pouvoir et en faillite morale. »

Viêt-Nam : Trn Th Nga

Originaire de la province de Hà Nam, au Viêt-Nam, Trần Thị Nga est une militante du droit à la terre et une défenseure de la démocratie. En janvier, elle a été arrêtée en vertu de l’article 88 du Code pénal vietnamien pour « propagande contre l’État », une disposition souvent utilisée pour emprisonner des dissidents pendant de longues périodes. Elle a rejoint derrière les barreaux 93 autres prisonniers d'opinion actuellement incarcérés au Viêt-Nam.

Trần Thị Nga s'est formée aux droits humains pendant sa convalescence à la suite d'un grave accident de la route dont elle a été victime alors qu'elle travaillait à Taiwan, où elle a subi des violations de ses droits en tant que travailleuse migrante.

Elle est ensuite retournée au Viêt-Nam, où elle a défendu sans relâche les droits humains, notamment au sein du Réseau des femmes vietnamiennes pour les droits humains, un réseau indépendant. Elle a été prise pour cible et agressée physiquement à plusieurs reprises par des hommes en civil, ainsi que par des policiers. Ces agressions se sont produites sous les yeux de ses quatre enfants.

Myanmar : Wai Wai Nu

Wai Wai Nu, son frère, sa sœur et ses parents étaient des prisonniers d'opinion sous la dictature militaire du Myanmar. En 2005, ils ont été « jugés » et condamnés dans une pièce à huis clos, sans avocat et sans avoir le droit de dire un seul mot. À l'époque, Wai Wai Nu, étudiante en droit de 18 ans, s'est entendu dire qu'elle passerait les 17 prochaines années de sa vie derrière des barreaux.

En 2012, quand le Myanmar a entrouvert la porte aux réformes, Wai Wai Nu est sortie de sa cellule, bien déterminée à débarrasser son pays des injustices qu'elle avait appris à si bien connaître en prison. À l'âge de 25 ans, elle a obtenu son diplôme de droit et a fondé deux organisations de défense des droits humains, le Réseau des femmes pour la paix – Arakan et Justice pour les femmes.

Wai Wai Nu, membre de la minorité opprimée des Rohingyas, est aujourd'hui largement considérée comme une défenseure courageuse et éloquente de l'égalité et de la tolérance.