RDC. Il faut prévenir les violences meurtrières lors des manifestations

La répression de la liberté d’expression et des manifestations pacifiques ravive les tensions en République démocratique du Congo (RDC), ce qui risque d’entraîner de nouveau des violences meurtrières, a déclaré Amnesty International vendredi 18 novembre, soit un mois avant que le président Joseph Kabila n’achève son deuxième mandat prévu par la Constitution.

Depuis que la vague de protestation contre Joseph Kabila a débuté, en 2014, des dizaines de manifestants ont été tués par les forces de sécurité et de nombreux autres ont été emprisonnés pour des charges controuvées ou à l’issue de procès iniques. Par ailleurs, les autorités ont imposé des restrictions draconiennes aux médias.

« Ces revendications concernant les droits humains sont une véritable poudrière qui risque d’exploser en entraînant de nouvelles violences, à moins que des mesures concrètes ne soient prises afin d’apaiser les tensions et de permettre aux contestataires d’exprimer librement leurs frustrations quant au report des élections, a déclaré Sarah Jackson, directrice régionale adjointe du programme Afrique de l’Est, Corne de l’Afrique et Grands Lacs d’Amnesty International.

Ces revendications concernant les droits humains sont une véritable poudrière qui risque d’exploser en entraînant de nouvelles violences.
Sarah Jackson, directrice régionale adjointe du programme Afrique de l’Est, Corne de l’Afrique et Grands Lacs d’Amnesty International.

 

Des dizaines de manifestants ont été tués ces deux dernières années et, le 17 novembre, les forces de sécurité ont dispersé sans raison légitime des partisans de l’opposition dans la commune de Limete, à Kinshasa, alors qu’ils distribuaient des tracts pour un rassemblement prévu deux jours plus tard.

« Les autorités de la RDC doivent contenir les forces de sécurité, qui ont déjà fait usage d’une force excessive contre des manifestants et continuent de le faire, et diligenter des enquêtes approfondies, indépendantes et transparentes sur tous les homicides perpétrés depuis 2015 afin que les responsables présumés de ces crimes soient amenés à rendre des comptes. »

En octobre, des chercheurs d’Amnesty International se sont rendus en RDC et entretenus avec des dizaines de manifestants ayant pris part aux manifestations du 19 septembre à Kinshasa. Selon nombre de ces personnes, l’État n’a non seulement pas tenu compte de leurs revendications mais il a aussi accentué leur frustration en ne veillant pas à ce que les responsables présumés de la répression meurtrière de septembre rendent des comptes.

Un militant a déclaré : « Si les pouvoirs publics continuent de semer le trouble, nous ferons de même. »

Beaucoup de partisans de l’opposition croupissent en prison depuis qu’ils ont été arrêtés arbitrairement à la suite des manifestations. Les chercheurs d’Amnesty International ont appris que les détenus n’étant pas en mesure de réunir la somme nécessaire pour acheter leur libération faisaient souvent l’objet d’accusations fallacieuses, notamment de meurtre, d’incendie volontaire et de pillage.

« Il faut qu’il soit mis fin à cette parodie de justice. S’attaquer aux violences commises par les forces de sécurité ne permettra peut-être pas de répondre aux questions des citoyens au sujet de la succession présidentielle, mais cela pourrait au moins contribuer à faire en sorte que les manifestations du mois prochain ne se terminent pas dans un bain de sang, a déclaré Sarah Jackson.

« Outre le fait de rendre justice lorsque les droits de manifestants pacifiques ont été bafoués, il faut que les autorités lèvent l’interdiction des manifestations, garantissent la sécurité des manifestants et fassent respecter la liberté des médias, y compris des diffuseurs étrangers. »

Complément d’information 

Le deuxième mandat de Joseph Kabila à la présidence de la RDC s’achèvera le 19 décembre 2016. Selon la Constitution, celui-ci n’a pas le droit de se représenter.

Les manifestations se succèdent dans le pays depuis qu’il est apparu clairement que le président ne quitterait pas ses fonctions en décembre. Celui-ci sera à la tête d’un nouveau gouvernement de transition, qui comptera aussi des représentants de l’opposition.

Le nouveau Premier ministre, Samy Badibanga, doit former ce gouvernement. Son prédécesseur, Augustin Matata Ponyo, a démissionné le 14 novembre dans le cadre d’un accord controversé qui a fait suite au dialogue national ayant prolongé le mandat de Joseph Kabila de 18 mois, jusqu’aux élections d’avril 2018.

Dans le même temps, l’État a publié récemment une directive interdisant aux stations de radio et aux chaînes de télévision étrangères de diffuser sur leurs propres fréquences et les obligeant à faire relayer leurs programmes par des médias partenaires locaux.