Yémen. Une bombe de fabrication américaine a été utilisée dans une attaque contre un hôpital de MSF

Plusieurs États, parmi lesquels les États-Unis et le Royaume-Uni, doivent immédiatement cesser de fournir des armes qui pourraient être utilisées dans le conflit au Yémen, a déclaré Amnesty International, confirmant qu’une bombe de fabrication américaine a été employée dans une frappe aérienne contre un hôpital de Médecins sans frontières (MSF) jeudi 15 août, faisant 11 morts et 19 blessés.

Selon des spécialistes de l’armement indépendants consultés par l’organisation, qui ont examiné les photos d’une queue de bombe prises par un journaliste sur le site, une bombe aérienne de fabrication américaine de type Paveway à guidage de précision a été utilisée lors de cette attaque.

Débris d'une bombe trouvés sur le site de l'attaque par des habitants. © Rawan Shaif

« Toute attaque contre un centre médical situé dans une zone de guerre est un affront à l’humanité, et pourtant ce bombardement n’est malheureusement que le dernier exemple d’une série d’attaques contre des hôpitaux et des cliniques menées par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite », a déclaré Philip Luther, directeur des recherches et des actions de plaidoyer pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

« Il est choquant que des États continuent à fournir des armes à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, notamment des bombes aériennes guidées ou d’emploi général et des avions de combat, malgré les éléments montrant clairement que ces armes sont utilisées pour attaquer des hôpitaux et d’autres biens de caractère civil, ainsi que pour commettre d’autres graves violations du droit international humanitaire.

« Cette attaque met une nouvelle fois en avant la nécessité absolue de décréter un embargo total sur toutes les armes pouvant être utilisées par une des parties au conflit au Yémen, et de mener une enquête internationale afin de traduire en justice les responsables présumés de ces attaques illégales. »

« C’était le seul hôpital que nous avions... Ce n’était rien de moins que l’apocalypse, c’était l’enfer. » Un gardien de l’hôpital regarde le cratère formé à l'endroit où la bombe a touché le sol, à moins d’un mètre du mur de la salle des urgences de l’hôpital rural d’Abs. © Rawan Shaif

Cette semaine, il est prévu que le Sénat américain se prononce sur une proposition de loi visant à bloquer une nouvelle vente d’armes d’un montant d’1,15 milliard de dollars par le gouvernement Obama à l’Arabie saoudite, transaction approuvée en août. Cet accord porte sur le transfert de tanks, de véhicules militaires, et d’équipements et services associés. Dans une lettre adressée à la Maison Blanche, 64 membres du Congrès des États-Unis ont déjà exhorté le président Obama à reporter cette vente d’armes afin que le Congrès puisse débattre véritablement de la question.

Le bombardement de l’hôpital rural d’Abs a constitué la quatrième attaque en 10 mois contre une structure de MSF au Yémen. Cette attaque a incité MSF à mettre un terme à ses activités dans le nord du Yémen. L'hôpital d’Abs avait soigné 4 611 patients depuis que MSF avait commencé à lui apporter son soutien, en juillet 2015.

La cible militaire potentielle la plus proche au moment de l’attaque était le camp militaire d’Abs, à environ un kilomètre à l’est de l’hôpital. MSF affirme que les coordonnées GPS de l’hôpital ont été communiquées à plusieurs reprises à toutes les parties au conflit, y compris à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite.

Ayman Issa Bakri, un chauffeur d'ambulance âgé de 16 ans, faisait partie des victimes. Lorsque son corps a été retrouvé, il tenait encore dans les bras la patiente qu'il transférait depuis l'ambulance.

« Lorsqu’ils ont retrouvé Ayman, il portait encore la patiente dans ses bras, brûlée, comme un morceau de charbon. Ma vie ne sera plus jamais la même. » Essa Bakri, le père du jeune chauffeur d’ambulance de MSF qui est mort dans l’attaque. © Rawan Shaif

« Les attaques délibérées contre des hôpitaux et des structures médicales constituent de graves atteintes aux lois de la guerre et sont absolument injustifiables. Les hôpitaux, qui bénéficient d'une protection spéciale au titre du droit international humanitaire, doivent être des lieux de soins et de convalescence sûrs », a déclaré Philip Luther.

« Les États qui approvisionnent la coalition en armes, au premier rang desquels les États-Unis et le Royaume-Uni, doivent user de leur influence pour inciter les membres de la coalition à respecter leurs obligations internationales et à enquêter sur les violations présumées du droit international humanitaire. Ils doivent aussi soutenir l’ouverture d’une enquête indépendante internationale. »

Des employés de l’hôpital récupèrent des médicaments et des équipements dans la salle des urgences. Cet établissement prodiguait des soins de santé essentiels dans un pays où l'accès aux soins est restreint. © Rawan Shaif

Complément d’information

Depuis février 2016, Amnesty International exhorte tous les États à garantir qu'aucune partie au conflit au Yémen ne reçoive – directement ou indirectement – des armes, des munitions, des équipements ou technologies militaires, susceptibles d'être utilisés dans le conflit, tant que perdurent de graves atteintes au droit international humanitaire et en matière de droits humains, et à soutenir des enquêtes indépendantes et impartiales sur les allégations de violations par toutes les parties.

En novembre 2015, le ministère des Affaires étrangères des États-Unis a approuvé un transfert d’armes (dont des bombes d’emploi général de type Mark / MK89) d’une valeur de 1,29 milliard de dollars à destination de l’Arabie saoudite, bien qu’Amnesty International ait recueilli des informations établissant leur utilisation lors de frappes aériennes illégales qui ont fait plusieurs dizaines de morts parmi la population civile.