Il faut suspendre l’Arabie saoudite du Conseil des droits de l’homme

LArabie saoudite a commis des « violations flagrantes et systématiques des droits humains » à létranger et sur son territoire et utilisé sa position au sein du Conseil des droits de lhomme des Nations unies pour faire obstacle à la justice après de possibles crimes de guerre, ont déclaré conjointement Amnesty International et Human Rights Watch mercredi 29 juin, en appelant lAssemblée générale des Nations unies à suspendre ce pays de la plus haute instance mondiale de défense des droits humains.

Les deux organisations demandent que lArabie saoudite soit déchue de ses droits en tant que membre du Conseil des droits de lhomme tant que les attaques illégales de la coalition militaire quelle dirige au Yémen ne cesseront pas et nauront pas fait lobjet denquêtes fiables et impartiales.

« La crédibilité du Conseil des droits de lhomme est en jeu. Depuis que lArabie saoudite en fait partie, son bilan désastreux en matière de droits humains sur son territoire na cessé de se dégrader et la coalition quelle dirige a tué et blessé en toute illégalité des milliers de civils dans le cadre du conflit au Yémen. Lui permettre de rester membre actif du Conseil, au sein duquel elle a utilisé sa position pour se soustraire à lobligation de rendre des comptes après de possibles crimes de guerre, relève de lhypocrisie la plus totale. Un tel maintien jetterait le discrédit sur la plus haute instance mondiale de défense des droits humains, a déclaré Richard Bennett, responsable du bureau dAmnesty International auprès de lONU.

La crédibilité du Conseil des droits de l’homme est en jeu.
Richard Bennett, responsable du bureau d’Amnesty International auprès de l’ONU

« Les solides éléments attestant que des crimes de guerre ont été commis par la coalition dirigée par lArabie saoudite au Yémen auraient dû faire lobjet dune enquête du Conseil des droits de lhomme. Au lieu de cela, lArabie saoudite sest servie avec cynisme de sa place au sein du Conseil pour faire avorter une résolution prévoyant une enquête internationale, en faisant adopter sa propre résolution vide de sens en faveur dune commission nationale denquête mise sur pied par le gouvernement du Yémen. Neuf mois plus tard, cette commission na pas enquêté de manière fiable sur les allégations de crimes de guerre et dautres graves violations.

« En tant que membre du Conseil, lArabie saoudite doit veiller au respect des normes les plus exigeantes en matière de droits humains, mais dans les faits, elle mène une coalition militaire qui a procédé à des frappes aériennes illégales et meurtrières sur des marchés, des hôpitaux et des écoles au Yémen. Cette coalition a également utilisé à maintes reprises des armes interdites par le droit international dans des zones civiles. Sur son territoire, lArabie saoudite a procédé à des centaines dexécutions, envoie des enfants dans le couloir de la mort à lissue de procès manifestement iniques et réprime implacablement lopposition et les militants des droits humains. »

En tant que membre du Conseil, l’Arabie saoudite doit veiller au respect des normes les plus exigeantes en matière de droits humains, mais dans les faits, elle mène une coalition militaire qui a procédé à des frappes aériennes illégales et meurtrières sur des marchés, des hôpitaux et des écoles au Yémen.
Richard Bennett

La répression de toute forme de contestation sest poursuivie sans relâche dans le pays depuis quil est membre du Conseil. Elle se traduit notamment par des procès contraires aux règles déquité les plus élémentaires se déroulant devant une juridiction antiterroriste dexception et de longues peines demprisonnements prononcées à lencontre dopposants pacifiques et de défenseurs des droits humains. Plus de 350 personnes ont été exécutées depuis que lArabie saoudite a été élue au sein du Conseil, et le nombre dexécutions enregistrées en 2015 a atteint un niveau record depuis 1995.

« LArabie saoudite doit libérer tous les prisonniers dopinion immédiatement et sans condition, et cesser davoir recours à la peine de mort », a déclaré Richard Bennett.

Au cours des dernières semaines, lArabie saoudite sest soustraite à lobligation de rendre des comptes en faisant pression sur les Nations unies pour que la coalition militaire quelle dirige au Yémen soit retirée dune liste dÉtats et de groupes armés qui violent les droits des enfants dans le cadre des conflits armés. Elle a menacé de quitter lONU, de retirer son soutien financier, notamment à des projets humanitaires, et demmener ses proches alliés avec elle.

Les principaux alliés de lArabie saoudite, parmi lesquels figurent les États-Unis et le Royaume-Uni, nont pas mis fin aux transferts darmes destinées à être utilisées au Yémen, malgré les multiples preuves de crimes de guerre.

« Ce qui est particulièrement choquant, cest le silence assourdissant de la communauté internationale, qui a cédé à maintes reprises à la pression de lArabie saoudite et place les accords commerciaux avant les droits humains malgré les violations flagrantes et systématiques commises en toute impunité par ce pays », a déclaré Richard Bennett.

Ce qui est particulièrement choquant, c’est le silence assourdissant de la communauté internationale, qui a cédé à maintes reprises à la pression de l’Arabie saoudite et place les accords commerciaux avant les droits humains malgré les violations flagrantes et systématiques commises en toute impunité par ce pays.
Richard Bennett

Amnesty International et Human Rights Watch engagent les États membres des Nations unies à voter en faveur de la suspension de lArabie saoudite du Conseil des droits de lhomme. Les deux organisations réclament également une enquête internationale indépendante et impartiale sur les violations du droit international humanitaire au Yémen.

Complément d’information

La résolution 60/251 de lAssemblée générale portant création du Conseil des droits de lhomme prévoit que « lAssemblée générale pourra, à la majorité des deux tiers des membres présents et votants, suspendre les droits dun membre du Conseil qui aurait commis des violations flagrantes et systématiques des droits de lhomme dy siéger ». En 2011, la Libye a été le premier et unique pays à être suspendu.

Le Conseil des droits de lhomme se réunit du 13 juin au 1er juillet. Sa prochaine session aura lieu du 13 au 30 septembre.