Iran. Le procès pour indécence d'une dessinatrice incarcérée et son avocat pour s'être serré la main est aberrant

Le procès de la dessinatrice satirique Atena Farghadani et de son avocat pour « relations sexuelles illégitimes », pour s'être serré la main, est aberrant et extrême et revêt de toute évidence un caractère politique, a déclaré Amnesty International alors que l'audience devant le Tribunal pénal général de Téhéran s'ouvre samedi 3 octobre.

S'ils sont reconnus coupables, Atena Farghadani - qu'Amnesty International considère comme une prisonnière d'opinion - et son avocat encourent tous les deux une peine de 99 coups de fouet. L'organisation pense que la dessinatrice et militante est emprisonnée seulement pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression.

« Considérer que le fait pour un homme et une femme de se serrer la main constitue une infraction pénale est absurde et viole le droit au respect de la vie privée, a déclaré Raha Bahreini, chercheuse à Amnesty International.

Considérer que le fait pour un homme et une femme de se serrer la main constitue une infraction pénale est absurde et viole le droit au respect de la vie privée.
Raha Bahreini, chercheuse à Amnesty International

« Ce chef d'accusation est de toute évidence motivé par des considérations politiques, les autorités iraniennes essayant par tous les moyens d'harceler Atena Farghadani et d'empêcher son avocat de la défendre. Au lieu de harceler et intimider cette prisonnière d'opinion, les autorités iraniennes devraient abandonner ces accusations et remettre Atena Farghadani en liberté immédiatement et sans condition.

Amnesty International a appris qu'Atena Farghadani se rendait seule à l'audience de samedi sans avoir obtenu l'avocat de son choix, et l'organisation craint que la jeune femme ne bénéficie pas d'un procès équitable.

Atena Farghadani et Mohammad Moghimi ont été inculpés de « relations sexuelles illégitimes » après s'être serré la main en prison à l'issue de son procès le 13 juin. Mohammad Moghimi a été arrêté puis libéré au bout de trois jours après avoir payé une lourde caution.

En juin, Atena Farghadani a été condamnée à 12 ans et neuf mois d'emprisonnement pour de multiples infractions telles que outrage à des députés iraniens et au guide suprême Ayatollah Ali Khamenei pour avoir publié des dessins satiriques faisant apparaître les législateurs sous la forme de singes, de vaches et d'autres animaux.

Sa condamnation reposait également sur le fait qu'elle ait évoqué publiquement les droits des familles des victimes de la répression gouvernementale après l'élection présidentielle de 2009 en Iran.    

En prison, Atena Farghadani a fait l'objet d'insultes à caractère sexuel et autres de la part de membres de l'administration pénitentiaire et de gardiens. Bien qu'Atena Farghadaniait ait fait une grève de la faim de trois jours en septembre, elle continue d'être harcelée.

Complément d’information

Atena Farghadani a été condamnée à 12 ans et neuf mois de prison pour « rassemblement et collusion en vue de nuire à la sûreté de l’État », « diffusion de propagande contre le régime », « insulte envers les membres du Parlement par le biais de peintures », « outrage au guide suprême » et outrage envers les fonctionnaires chargés de son interrogatoire.

Vidéo dans laquelle Atena Farghadani fait état des mauvais traitements dont elle aurait été victime en prison https://youtu.be/BB1_4MRvbYY