Éthiopie. Des meurtres suspects et des violations des droits humains doivent donner lieu à des enquêtes

Le meurtre de plusieurs dirigeants de l’opposition dans des circonstances suspectes et les multiples violations des droits fondamentaux de membres de partis d’opposition au cours des dernières semaines soulèvent des questions en relation avec les élections en Éthiopie, a déclaré Amnesty International lorsque les résultats des élections législatives ont été annoncés lundi 22 juin 2015.

L’organisation a par ailleurs déploré que la Mission d’observation électorale de l’Union africaine et la Commission électorale éthiopienne n'aient pas suffisamment suivi ni signalé les abus généralisés commis avant, pendant et après les élections.

« Amnesty International a reçu un certain nombre d’informations concernant le décès de figures de l’opposition politique dans des circonstances suspectes, ainsi que des violations des droits humains de grande ampleur commises contre les partis d’opposition tout au long de la période électorale. Ces informations doivent donner lieu à des enquêtes et les responsables présumés doivent être traduits en justice », a déclaré Michelle Kagari, directrice régionale adjointe pour l'Afrique de l'Est, la Corne de l'Afrique et les Grands Lacs à Amnesty International.

« Il est inacceptable que ces violations soient à peine évoquées dans les rapports diffusés par des observateurs officiels, notamment la Mission d’observation électorale de l’Union africaine et la Commission électorale éthiopienne. »

Il est inacceptable que ces violations soient à peine évoquées dans les rapports diffusés par des observateurs officiels, notamment la Mission d’observation électorale de l’Union africaine et la Commission électorale éthiopienne.
Michelle Kagari, directrice régionale adjointe pour l'Afrique de l'Est, la Corne de l'Afrique et les Grands Lacs à Amnesty International

Avant les élections, plus de 500 membres du Forum d’unité démocratique fédérale éthiopienne / Medrek - une coalition de partis d’opposition, parmi lesquels le Congrès fédéraliste oromo - ont été appréhendés dans des bureaux de vote de la région d’Oromia. Quarante-six personnes ont été frappées et blessées par des membres des forces de sécurité, tandis que six personnes ont été blessées par balle et deux autres abattues. Gidila Chemeda, du Congrès fédéraliste oromo / Medrek, a été abattu par des policiers dans l’ouest de Shewa, dans le district de Dima Kege, situé dans le kebelé de Gelam Gunge (région d’Oromia).

Le 15 juin 2015, le corps de Samuel Aweke, 27 ans, un candidat du parti Samayawi (Bleu) a été retrouvé dans une des rues principales de Dembre-Markos vers 19 heures. Les responsables du parti Bleu pensent que son homicide a été motivé par des considérations politiques. Quelques jours avant son meurtre, Samuel Aweke avait publié un article dans le journal de son parti, Negere Ethiopia, qui critiquait le comportement des autorités locales, de la police et d’autres représentants des forces de sécurité. Son parti politique affirme avoir reçu des menaces de la part de membres des forces de sécurité après la parution de l’article. Des personnes présentes lorsque son corps a été retrouvé ont indiqué qu’il présentait des blessures à l’arme blanche, et qu’il semblait avoir été frappé à l’aide d’un objet contondant.

Un membre du parti d’opposition Arena/Medrek a signalé que le responsable de cette formation pour l’ouest du Tigré, Tadesse Abraha, 48 ans, a été accosté par trois inconnus qui ont essayé de l’étrangler alors qu’il rentrait chez lui, le 16 juin 2015. Tadesse Abraha est arrivé à s’échapper, mais il s’est effondré puis est mort peu après être arrivé à son domicile. Selon son parti, il avait signalé avoir été menacé par des membres des forces de sécurité locales peu avant sa mort.

Le 19 juin 2015, un autre membre de Medrek a été retrouvé mort 24 heures après avoir été arrêté chez lui par deux policiers. Le corps de Berhanu Erabu, portant des traces de coups, avait été abandonné près d’une rivière dans la zone de Hadiya, dans le district de Soro (sud de l’Éthiopie).

Amnesty International a recueilli des informations sur ces homicides et demande désormais au ministre éthiopien de la Justice, à la Commission de police fédérale et à la Commission éthiopienne des droits humains d’enquêter sur ces homicides manifestement ciblés de dirigeants de partis d’opposition, et de garantir que les responsables présumés soient traduits en justice.

Complément d’information :

Le 21 mai 2015, Amnesty International a envoyé à la Mission d’observation électorale de l’Union africaine une lettre contenant des recommandations préliminaires.

L’organisation a fait état des inquiétudes que lui inspire la situation des droits humains en Éthiopie, et l’impact que ce contexte a sur la capacité des Éthiopiens à participer au processus électoral. Amnesty International a exhorté la Mission d’observation électorale de l’Union africaine à recenser et signaler les violations des droits humains commises tout au long de la période électorale dans le cadre de son évaluation du déroulement des élections.

Le parti politique au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire populaire éthiopien, a remporté le scrutin.