Thaïlande. Le nouvel ordre censé « remplacer » la loi d’exception renouvelle en fait l’autorisation de bafouer les droits humains

L’annonce de la Thaïlande concernant la levée de la loi d’exception et son remplacement par de nouvelles mesures n’est rien d’autre qu’une manœuvre cynique visant à préserver le pouvoir militaire, a déclaré Amnesty International jeudi 2 avril 2015.

« L’annonce du Premier ministre thaïlandais, le général Prayuth Chan-Ocha, concernant la levée de la loi martiale devrait être un motif de réjouissance. Cependant, il s’accorde à lui-même et à l’armée des pouvoirs étendus afin de continuer de bafouer les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, a déclaré Richard Bennett, directeur du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International.

« La communauté internationale ne doit pas être dupe de cette décision cynique qui vise à préserver le pouvoir militaire. Rien n’a changé. Il s’agit d’une tentative de masquer sa détermination à se servir de l’armée pour écraser la dissidence. »

Amnesty International demande l’abrogation du nouvel ordre et le rétablissement de l’état de droit et des protections constitutionnelles des droits humains que le coup d’État de 2014 a si durement fragilisés.

Dans le cadre des nouvelles mesures, le général Prayuth Chan-Ocha s’accorde le pouvoir de désigner des militaires comme « agents de maintien de la paix », qui à leur tour exerceraient pratiquement tous les pouvoirs dont bénéficiaient auparavant les militaires au titre de la loi d’exception, notamment :

  • la criminalisation draconienne des « rassemblements politiques », même pacifiques, de plus de cinq personnes ;
  • le pouvoir de placer en détention des personnes sans mandat, inculpation ni jugement dans des lieux non officiels pour une période pouvant aller jusqu’à sept jours, avant de les libérer sous conditions ;
  • le pouvoir de perquisitionner des locaux sans mandat ; 
  • le pouvoir de censurer toute publication, qu’il s’agisse de tweets ou de livres, si elle est considérée comme susceptible de causer une « alerte en termes de sécurité » ou « une incompréhension de la population au détriment de l’ordre public » ;
  • les civils continuent d’être jugés par des tribunaux militaires pour des « infractions liées à la sécurité », qui selon les autorités actuelles englobent les actes pacifiques d’expression individuelle.