Bakou, ville contrastée à l'approche des Jeux européens en Azerbaïdjan

Photo : © Demotix.

 

Bakou est une ville pleine de contrastes. D'élégants parcs aux fontaines élaborées y côtoient des terrains vagues couverts de boue et de gravats. Des tours en verre s'élèvent au-dessus des rues pavées et des ruelles tortueuses de la vieille ville fortifiée. Des boutiques de luxe remplissent le centre-ville, tandis que des bidonvilles miséreux sont cachés derrière une clôture sur la route reliant l'aéroport à la ville. Partout où l'on regarde, quelque chose est en construction : une route, un immeuble, un parc, un stade... 

Dans 100 jours, la capitale azerbaïdjanaise, riche en gaz et en pétrole, accueillera les tout premiers Jeux européens, une prestigieuse compétition sportive de deux semaines organisée par les Comités olympiques européens. Quelque 6 000 athlètes originaires de 50 pays – dont les frais sont pris en charge par les organisateurs – arriveront sur place pour s'affronter dans 20 disciplines. Le président, Ilham Aliyev, espère laisser l'image d'un pays suffisamment moderne, riche et raffiné pour réussir un événement international complexe. 

Cependant, le contraste le plus saisissant s'y trouve entre la modernité que les autorités veulent montrer au monde et la réalité dans les coulisses. Les premiers Jeux européens – encadrés par la Charte olympique, qui prône des valeurs de liberté et de tolérance – coïncident avec les 12 pires mois de répression depuis que le pays a obtenu son indépendance vis-à-vis de l'Union soviétique en 1991, selon un nouveau rapport d'Amnesty International publié lundi 9 mars. 

Vingt-deux prisonniers d'opinion, parmi lesquels d'éminents défenseurs des droits humains, journalistes, blogueurs et militants, languissent en prison sur la base de fausses accusations. D'autres personnes ont été forcées à quitter le pays ou à abandonner leur travail essentiel. 

Une ville qui prévoit de réunir des milliers d'athlètes et de visiteurs interdit le rassemblement pacifique de ses propres citoyens à tout endroit visible. Alors que des stades, hôtels et salles de conférences grandioses sont construits pour les visiteurs internationaux, les militants locaux peinent à trouver de l'espace et des lieux où se réunir et travailler. 

En traversant Bakou aujourd'hui, j'ai vu des panneaux d'affichage éclairés pour célébrer les 100 jours restants avant les Jeux. En revanche, l'ambiance était moins festive pour la famille et les amis d'Intigam Aliyev lorsqu'ils se sont retrouvés devant le tribunal de Bakou pour assister à son procès. Ce célèbre avocat et défenseur des droits humains a été arrêté pour des motifs fallacieux en août dernier, alors qu'il travaillait en vue de soumettre de nouveaux cas de violations des droits humains à la Cour européenne des droits de l'homme. D'autres défenseurs des droits humains de renom, dont Leyla et Arif Yunus, Rasul Jafarov, Khadija Ismayilova et Anar Mammadli, ont subi le même sort. 

L'Azerbaïdjan est peut-être un pays sûr pour les athlètes participant au 100 mètres, mais défendre les droits et la liberté d'expression y est un jeu dangereux. Ceux qui s'en font les champions reçoivent harcèlement et peines de prison au lieu de médailles. 

Les arrestations et la répression ont eu pour effet de paralyser la société civile, en bloquant tout débat. Pourtant, les détracteurs du gouvernement ne menacent aucunement la stabilité et tentent simplement d'obtenir que l'Azerbaïdjan devienne la démocratie respectueuse des droits proclamée par le président Aliyev. 

Le gouvernement semble de plus en plus inquiet face à l'avenir – les réserves de pétrole ne dureront que 20 années supplémentaires, et celles de gaz 50 ans. Quand l'expansion prendra fin, que se passera-t-il ? En outre, depuis le début de la crise en Ukraine, la communauté internationale – soucieuse d'accéder à une source de pétrole et de gaz plus sûre que le marché russe – est remarquablement silencieuse au sujet de la situation des droits humains en Azerbaïdjan. Les yeux rivés sur les pétrodollars, elle a les lèvres scellées. Cette attitude inconsidérée fait énormément de tort à ceux qui languissent actuellement derrière les barreaux. Elle revient à donner carte blanche à Bakou. 

Turgut, un jeune militant que j'ai rencontré aujourd'hui, m'a assuré que Bakou 2015 pourrait changer les choses :
« Ces jeux pourraient constituer la dernière chance de nous faire entendre et de porter l'attention internationale sur notre triste situation, car demain il sera peut-être trop tard. » 

Amnesty International demande la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers d’opinion en Azerbaïdjan, qui serait un juste héritage pour ces Jeux. 

Cet article a été publié à l'origine dans l'International Business Times. 

Pour en savoir plus, voir notre rapport :
Guilty of Defending Rights: Azerbaijan’s human rights defenders and activists behind bars