Ouzbékistan. Une pétition mondiale pour faire libérer une prisonnière d’opinion

À travers le monde, les sympathisants d’Amnesty International ont recueilli près de 200 000 signatures pour une pétition demandant au président de l’Ouzbékistan de libérer immédiatement et sans condition Dilorom Abdoukadirova, prisonnière d’opinion incarcérée depuis 2010 pour avoir pris part à une manifestation en faveur de meilleures conditions économiques dans le pays. Amnesty International déplore que, malgré des allégations crédibles selon lesquelles elle aurait été soumise à des actes de torture et des mauvais traitements, aucune investigation n’a été menée à ce jour sur ces allégations et aucun responsable présumé n’a été identifié ni traduit en justice. Dilorom Abdoukadirova purge actuellement une peine de 18 ans de prison pour des charges fallacieuses, à savoir tentative de renversement de l’ordre constitutionnel et violation du règlement de la prison. Le 21 octobre, les sympathisants d’Amnesty International mèneront dans 11 pays des actions pour collecter des photographies prises avec le slogan « Stop aux secrets et aux mensonges. Stop à la torture en Ouzbékistan », devant les ambassades d’Ouzbékistan dans leur pays ou devant des sites marquants afin de braquer les projecteurs sur le cas de Dilorom et la pratique courante de la torture en Ouzbékistan. « La torture en Ouzbékistan est une pratique généralisée et courante. Le gouvernement continue de mentir à ce sujet, plutôt que d’agir pour y mettre un terme. Cela doit cesser, a déclaré Maisy Weicherding, chercheuse sur l’Ouzbékistan à Amnesty International. « La communauté internationale et l’Union européenne en particulier doivent prendre en compte la pratique généralisée de la torture en Ouzbékistan dans le cadre de toutes leurs relations bilatérales. » Amnesty International continue de recevoir des informations selon lesquelles des personnes sont torturées et maltraitées par les forces de sécurité lors de leur arrestation et par les gardiens lors de leur détention. Les pouvoirs publics n’enquêtent généralement pas sur les faits de ce genre. L’Ouzbékistan semble déterminé à échapper à toute surveillance internationale. Ces dernières années, aucune organisation internationale indépendante, y compris Amnesty International, n’a pu se rendre librement dans le pays pour effectuer une surveillance indépendante des droits humains. Complément d’information Dilorom a fui son pays en 2005 à la suite de manifestations à Andijan, où les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants, tuant des centaines d’entre eux, pour la plupart non armés. Elle a été arrêtée en 2010, lorsqu’elle est retournée en Ouzbékistan pour retrouver sa famille, après avoir passé cinq années en exil. À l’issue d’un procès inique, Dilorom a été condamnée à 10 ans d’emprisonnement pour « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel ». En 2012, elle a vu sa peine alourdie et a écopé de huit années supplémentaires de détention pour « violation délibérée du règlement de la prison ». Lorsqu’ils l’ont vue au tribunal, en avril 2010, ses proches l’ont trouvée amaigrie et marquée par des ecchymoses au visage. Les signatures pour cette pétition ont été recueillies dans 123 pays et les membres et sympathisants d’Amnesty International mèneront des actions photos en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Espagne, en France, en Irlande, en Italie, en Lettonie, en Pologne, au Royaume-Uni et en Suisse. Amnesty International demande qu’une enquête soit menée sur les allégations de torture en détention formulées par quatre autres prisonniers en Ouzbékistan : Azam Farmonov, prisonnier d’opinion, membre de l’Association des droits humains d’Ouzbékistan, purge une peine de neuf ans de prison. Arrêté en 2006, il a été inculpé d’extorsion au terme d’un procès inique. À plusieurs reprises, la famille d’Azam Farmonov a fait savoir qu’il avait été torturé et victime de mauvais traitements en prison. Erkin Moussaïev, ancien fonctionnaire au ministère de la Défense, travaillait pour le Programme de développement des Nations unies en Ouzbékistan, lorsqu’il a été arrêté en janvier 2006. À la suite de trois procès, tenus dans des conditions non équitables en 2006 et 2007, il a été condamné à un total de 20 ans d’emprisonnement pour trahison et abus de pouvoir. Sa famille affirme qu’il a été torturé pour le contraindre à « avouer ». Mourad Djouraïev, ancien membre du Parlement ouzbek, a été incarcéré à l’issue d’un procès inique pour des charges motivées par des considérations politiques. Avant son procès, son entourage a assuré que Mourad Djouraïev avait été torturé par la police pendant sa détention provisoire et contraint de faire des « aveux ». Il est détenu dans des conditions cruelles, inhumaines et dégradantes, et son état de santé s’est considérablement détérioré. Muhammad Bekjanov, rédacteur en chef du journal d’opposition politique Erk (Liberté), journal interdit, a été condamné en août 1999 à 15 ans de prison, à l’issue d’un procès ayant bafoué les normes internationales. Durant son procès, il a déclaré avoir été torturé lors de sa détention provisoire dans le but de lui faire « avouer » des charges fabriquées de toutes pièces. Muhammad Bekjanov devait être libéré en février 2012, mais le tribunal l’a condamné à quatre ans et huit mois d’emprisonnement supplémentaires pour avoir enfreint le règlement de la prison. Selon sa famille, son état de santé se détériore rapidement depuis quelques années et il ne reçoit pas les soins médicaux dont il a besoin.