République centrafricaine. Crimes de guerre et crimes contre l'humanité à Bangui

Des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité sont en train d’être commis en République centrafricaine, a déclaré Amnesty International, qui termine une mission de deux semaines dans le pays.

L’organisation demande le déploiement rapide d’une force de maintien de la paix de l’ONU dotée d’un mandat fort la chargeant clairement de protéger les civils – et disposant des moyens nécessaires pour assurer efficacement cette mission.

« Les recherches approfondies que nous avons menées sur le terrain en République centrafricaine ces deux dernières semaines ne laissent aucun doute quant au fait que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité sont perpétrés par toutes les parties au conflit », a déclaré Christian Mukosa, spécialiste de l’Afrique centrale à Amnesty International.

« On peut citer notamment des exécutions extrajudiciaires, des mutilations de cadavres, la destruction volontaire d’édifices religieux tels que des mosquées, et le déplacement forcé d’un nombre considérable de personnes. »

Les trois délégués d’Amnesty International ont recueilli des informations sur les violations et les exactions qui ont été commises depuis que les violences ont éclaté à Bangui, la capitale, le 5 décembre 2013, à la suite d’une attaque menée au petit matin par les milices anti-balaka.

Dans certains quartiers, les anti-balaka sont passés de maison en maison et ont tué une soixantaine d’hommes musulmans. Les forces du gouvernement de fait, connues sous le nom d’ex-Seleka, ont riposté à plus grande échelle contre les chrétiens, tuant jusqu’à un millier d’hommes en deux jours et pillant systématiquement les habitations. Quelques femmes et enfants ont aussi été tués.

Dans les jours qui ont suivi cette première flambée de violence à Bangui, les atteintes aux droits humains se sont poursuivies à un rythme effarant.

Malgré la présence de militaires français et africains censés protéger la population civile, des civils continuent chaque jour d’être tués délibérément – au moins 90 ont trouvé la mort depuis le 8 décembre. Certains ont été abattus, d’autres ont été tués par des foules en colère armées de machettes, et d’autres encore ont été lapidés.

L’absence totale de justice et d’obligation de rendre des comptes pour ces crimes a entraîné un véritable engrenage de la vengeance et a accru la haine et la méfiance intercommunautaires.

Au total, 614 000 personnes ont été déplacées dans le pays – dont 189 000 dans la seule capitale, soit un quart de la population de la ville.

« La poursuite des violences, les destructions massives de biens et les déplacements forcés de population à Bangui alimentent un énorme sentiment de colère, d’hostilité et de méfiance », a déclaré Christian Mukosa.

« Tant que les milices n’auront pas été désarmées et qu’une protection suffisante et efficace n’aura pas été offerte aux milliers de civils menacés dans le pays, il n’y aura aucune chance de mettre un terme au cycle de la violence. Il faut de toute urgence rétablir la sécurité dans les quartiers d’habitation afin que les gens puissent rentrer chez eux et reprendre une vie normale. »

Tout processus de désarmement doit être accompagné de mesures de protection physique efficaces, en particulier dans les zones les plus dangereuses, comme les quartiers PK5, Miskine et Combattant. Amnesty International a eu connaissance d’attaques de représailles contre des personnes qui avaient été désarmées.

L’un des aspects les plus inquiétants de la situation actuelle est la frontière de plus en plus floue entre les groupes armés organisés et les foules de civils déchaînées. Même s’il est souvent difficile d’identifier les auteurs d’homicides, il est clair que de nombreux civils encouragent les actes de vengeance violents, et que certains y participent. Le sentiment de colère et de rancune est profond tant chez les chrétiens que chez les musulmans – beaucoup ont montré aux chercheurs d’Amnesty International des photos et des vidéos de massacres qu’ils gardaient sur leurs téléphones portables.

L’organisation est convaincue de l’urgence de déployer des troupes internationales supplémentaires pour assurer la sécurité à Bangui et dans le reste du pays.

L’Union africaine a promis le déploiement d’une nouvelle force de maintien de paix forte d’un maximum de 6 000 hommes pour le 19 décembre. Toutefois, malgré l’urgence, la composition et le plan de déploiement de cette force n’ont pas encore été précisés.

Amnesty International appelle également les Nations unies à accélérer leur projet de mise en place d’une commission d’enquête à propos des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des violations flagrantes des droits humains.

« Il est important d’établir la responsabilité des crimes qui ont été commis par toutes les parties au conflit et de mettre un terme à l’impunité qui prévaut dans ce pays depuis plusieurs dizaines d’années », a déclaré Christian Mukosa. L’organisation a reçu des informations crédibles faisant état de l’implication directe de dirigeants de milices dans les attaques ; ceux-ci doivent être traduits en justice. »

« La communauté internationale a un rôle important à jouer en République centrafricaine. Elle doit veiller à ce que des forces de maintien de la paix soient déployées de toute urgence et reçoivent les moyens nécessaires pour éviter un bain de sang encore plus grand. »

Amnesty International présentera une synthèse de ses premières conclusions lors d’une conférence de presse jeudi 19 décembre 2013 à Londres. Elle publiera un rapport plus approfondi début 2014.

De son côté, Human Rights Watch publie un rapport sur l’escalade des violences interconfessionnelles et des atrocités dans la province de l’Ouham, dans le nord de la République centrafricaine.