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Risque d'arrestations arbitraires alors que le président tunisien qualifie les manifestations d'«actes de terrorisme»

Mardi 11 janvier, Amnesty International a préconisé qu'il soit mis fin aux arrestations arbitraires en Tunisie, après que le président Ben Ali eut qualifié les actions de protestation ayant actuellement lieu dans le pays d'« actes de terrorisme » dans un discours prononcé à la télévision tunisienne. Des dizaines de personnes ont été tuées lors de manifestations à propos des conditions de vie, du chômage et de la corruption, qui ont parfois basculé dans la violence. Dans son discours prononcé lundi 10 janvier, le président Ben Ali a attribué cette violence à des « gangs cagoulés » et les manifestations à « une minorité de détracteurs, qui se sentent offensés, inquiets et outragés de voir la Tunisie obtenir succès, croissance et progrès ». D'après certaines informations reçues par Amnesty International, la police a violemment dispersé une manifestation qui avait été organisée à Tunis le 11 janvier par des membres de l'opposition réclamant des comptes pour l'homicide d'au moins 23 manifestants au cours du weekend précédent. Des avocats et des artistes de premier plan faisaient partie du cortège. Amnesty International a également reçu des informations faisant état d'arrestations dans tout le pays. Le nombre exact de personnes incarcérées n'est toujours pas clairement établi, pas plus que leur lieu de détention. Certaines se trouveraient dans les locaux du ministère de l'Intérieur. « Les remarques du président Ben Ali semblent procéder d'une tentative visant à désigner des boucs émissaires pour les nombreuses morts et blessures survenues lors de ces actions de protestation. Elles pourraient donc déboucher sur un grand nombre d'arrestations arbitraires », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. « S'il s'avère que les personnes arrêtées sont responsables d'actes de violence, alors elles doivent être inculpées d'infractions prévues par la loi. Les autorités tunisiennes doivent soit engager des poursuites contre les personnes actuellement en détention et les juger dans le cadre de procédures équitables, soit les remettre en liberté. » La Tunisie recourt de longue date aux arrestations et détentions arbitraires ; il arrive que des suspects soient détenus au secret et soumis à la torture et à d'autres formes de mauvais traitements ainsi qu'à des disparitions forcées. Des dizaines de personnes auraient été appréhendées dans le cadre des manifestations ; les autorités ont procédé à des arrestations de masse et à des descentes nocturnes. Les actions de protestation durent en Tunisie depuis la mi-décembre, après la mort de Mohamed Bouazizi, un diplômé de l'université de 26 ans au chômage, qui s'est suicidé dans la ville de Sidi Bouzid lorsque la police a confisqué son stand de fruits et légumes, le privant ainsi de sa seule source de revenus. Son acte désespéré a été l'élément déclencheur d'un mouvement de protestation de la part de Tunisiens, parmi lesquels des syndicalistes, des étudiants, des défenseurs des droits humains et des avocats, qui sont descendus dans la rue pour réclamer du travail, de meilleures conditions de vie et la fin de la corruption.