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Le prix Nobel de la paix, un «hommage empreint de dignité» aux défenseurs des droits humains

Ayant assisté à la cérémonie à Oslo vendredi 10 décembre, Amnesty International se félicite que le prix Nobel de la paix 2010 ait été attribué au militant chinois des droits humains Liu Xiaobo, actuellement incarcéré. « Cet hommage mérité et empreint de dignité est une source d'inspiration pour tous les défenseurs des droits humains en Chine et dans le monde entier », a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d'Amnesty International, qui s'est rendu à la cérémonie. Liu Xiaobo purge actuellement une peine de 11 ans d'emprisonnement pour « incitation à la subversion de l'État », car il est l'un des principaux rédacteurs de la Charte 08, manifeste qui appelle au respect des droits fondamentaux de la personne humaine en Chine. Tout au long de la cérémonie, une chaise vide représentait symboliquement Liu Xiaobo. Le règlement du prix Nobel veut qu'il soit remis en personne au lauréat ou à un membre de sa famille proche. Liu Xiaobo ne pouvant être présent, pour la première fois depuis 1936, le prix Nobel de la paix n'a pas été remis lors de la cérémonie. Son épouse, Liu Xia, aurait pu le recevoir en son nom, si elle n'avait été arrêtée et placée en résidence surveillée à Pékin par les autorités chinoises. Elle n'est pas en mesure de circuler librement et n'a pas été autorisée à entrer en contact avec ses amis ni sa famille depuis près de deux mois. Liu Xiaobo n'a cessé de faire valoir que sa condamnation bafouait tant la Constitution chinoise que les droits humains les plus élémentaires. Pourtant, comme beaucoup qui font en Chine le choix de s'exprimer, il a été sévèrement sanctionné. Il compte parmi les milliers de prisonniers politiques et de prisonniers d'opinion actuellement incarcérés en Chine. « Le gouvernement chinois doit libérer Liu Xiaobo et tous les autres prisonniers d'opinion, a déclaré Salil Shetty. Il doit respecter les normes universellement reconnues en matière de droits humains, dont beaucoup sont inscrites dans la Constitution même de la Chine. » Au cours des mois qui ont précédé la cérémonie, Amnesty International et les organisations chinoises de défense des droits humains ont recensé des centaines de cas de personnes placées en détention, interrogées ou arrêtées dans le cadre de la répression qui a coïncidé avec la campagne orchestrée par les autorités chinoises pour saboter la cérémonie du prix Nobel de la paix. En outre, les autorités chinoises ont fait pression sur divers pays afin qu'ils boycottent la cérémonie. En dépit d'une campagne de pressions politiques et économiques, seuls 18 États ont décliné l'invitation qui leur avait été faite de s'y rendre. Amnesty International a appris de source fiable que les ressortissants chinois vivant en Norvège avaient également fait l'objet de pressions pour participer le 10 décembre à des manifestations contre l'attribution du prix Nobel. Au cours des deux derniers mois, les ressortissants chinois résidant en Norvège ont reçu de multiples visites de représentants du gouvernement chinois, qui les ont convoqués à des réunions. À l'occasion d'une manifestation devant l'ambassade de Chine à Oslo, dans l'après-midi du 9 décembre, des militants d'Amnesty International ont remis une pétition rassemblant quelque 100 000 signatures (96 400 exactement) recueillies dans le monde entier, qui demandait la libération de Liu Xiaobo et de tous les autres prisonniers d'opinion actuellement détenus en Chine. « Le gouvernement chinois devrait se réjouir de cette reconnaissance mondiale décernée à un écrivain et militant chinois, a estimé Salil Shetty. « Au lieu de cela, il a exprimé publiquement sa vive irritation et suscité une attention critique encore accrue en Chine et à l'étranger et, ironie du sort, a mis en lumière le retentissement du message de Liu Xiaobo en faveur du respect des droits humains. »