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Mexique : la libération de manifestants montre que le système judiciaire a été utilisé de manière abusive

L'acquittement d'un groupe de manifestants mexicains emprisonnés pour des enlèvements présumés a mis en évidence de graves dérives judiciaires visant à garantir des condamnations, a déclaré Amnesty International. La Cour suprême mexicaine a estimé mercredi que les 12 militants condamnés pour l'enlèvement de fonctionnaires au cours d'une manifestation en 2006 dans la ville de San Salvador Atenco devaient être libérés en raison du non-respect du droit à un procès équitable. Le dernier de ces militants a été remis en liberté jeudi tard dans la soirée. « Cette décision positive de la Cour suprême montre que des procureurs et des juges de l'État de Mexico se sont appuyés sur des éléments ne respectant pas les garanties prévues par la loi et sur des preuves illégales ou forgées de toutes pièces pour garantir la condamnation et l'emprisonnement des accusés », a déclaré Rupert Knox, chargé de recherches sur le Mexique à Amnesty International. « Cette décision ne doit toutefois pas être considérée comme mettant un point final à cette affaire […] elle doit être utilisée pour amener les fonctionnaires responsables de cette injustice à répondre de leurs actes et pour garantir une réparation aux victimes. « Il s'agit de l'une des nombreuses affaires où les éléments de preuve ont été trafiqués et où cela a donné lieu à un procès inéquitable et à de graves erreurs judiciaires. Il est temps de mettre fin à l'impunité dont jouissent invariablement ceux qui utilisent de manière abusive le système judiciaire pour servir des intérêts particuliers. » Des mouvements de protestation ont eu lieu à San Salvador Atenco, tout près de Mexico, les 3 et 4 mai 2006 après que des vendeurs de rue eurent été arrêtés pour avoir vendu des fleurs sans autorisation. Plus de 200 manifestants ont été arrêtés, deux ont été tués et des dizaines d'autres ont été blessés au cours de la répression menée par la police. Des policiers également ont été blessés, et plusieurs ont été temporairement retenus en captivité par des manifestants. Amnesty International a rassemblé des informations sur toute une série de violations commises à la suite de ces faits, y compris l'absence d'enquête efficace sur de graves violations des droits humains, tels que des actes de torture, commises par des policiers – notamment des agressions sexuelles infligées à des détenues. Les douze membres du Front populaire pour la défense de la terre avaient été condamnés à des peines comprises entre 31 et 112 ans d'emprisonnement à l'issue d'un procès inique où ils étaient accusés d'avoir enlevé six policiers et d'autres fonctionnaires. « Il est inacceptable qu'il faille aller jusque devant la Cour suprême pour que les victimes obtiennent justice », a souligné Rupert Knox.