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Des Érythréens risquent d'être expulsés de force de Libye à la suite de troubles dans une prison

Amnesty International exhorte les autorités libyennes à ne pas renvoyer de force quelque 200 Érythréens maintenus en détention, d'autant que selon certaines allégations plusieurs prisonniers ont été frappés par des agents de sécurité après avoir tenté de s'évader la semaine dernière. Ces Érythréens, dont des réfugiés et des demandeurs d'asile mais aussi des migrants, sont incarcérés au tristement célèbre centre de détention d'al Birak, à Sabha, où les prisonniers seraient fréquemment frappés et maltraités. « Les autorités libyennes doivent protéger ces ressortissants érythréens et veiller à ce qu'ils ne soient pas renvoyés de force dans leur pays, où ils risqueraient d'être soumis à des actes de torture et autres violences, a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. « Le gouvernement libyen doit aussi mener de toute urgence une enquête indépendante sur les allégations selon lesquelles ces détenus ont été agressés et maltraités par des membres des forces de sécurité et demander des comptes à ceux qui ont bafoué leurs droits fondamentaux. » Les Érythréens ont été transférés du centre de détention de Misratah, dans le nord de la Libye, à celui d'al Birak, après qu'une quinzaine de détenus érythréens ont tenté de s'évader le 29 juin. Les responsables libyens venaient en effet d'exiger de nombreux Érythréens incarcérés à Misratah qu'ils remplissent un formulaire indiquant leur nom et leurs coordonnées. Ceux-ci ont alors eu peur que ces informations ne soient transmises au gouvernement érythréen. Le lendemain de la tentative d'évasion, des policiers et des soldats armés ont pénétré dans les cellules des détenus et frappé de nombreux Érythréens à l'aide de bâtons et de fouets. Au moins 14 d'entre eux auraient été grièvement blessés. Plus de 200 détenus érythréens ont ensuite été conduits dans deux camions fermés à al Birak, où ils s'entassent dans des cellules sanitairement mal équipées et où ils manquent d'eau et de nourriture. Certains se seraient vus refuser des soins médicaux pour les graves blessures occasionnées par les coups infligés. On craint qu'ils ne risquent d'être renvoyés de force en Érythrée, où ils pourraient être torturés et maltraités pour les punir d'avoir « trahi » leur pays ou fui le service militaire. « Le renvoi forcé de ressortissants érythréens violerait l'obligation qui incombe à la Libye de ne pas renvoyer des personnes vers un pays où elles risqueraient d'être torturées ou soumises à d'autres formes de mauvais traitements », a expliqué Malcolm Smart. En décembre 2009 et janvier 2010, les autorités libyennes ont autorisé des représentants de l'ambassade érythréenne à se rendre auprès de demandeurs d'asile érythréens détenus en Libye. On craint que les autorités érythréennes n'en viennent à les sanctionner, eux ou leurs familles, parce qu'ils ont fui le pays et sollicité l'asile à l'étranger. Lors de ces entretiens, les membres des forces de sécurité libyennes ont demandé aux Érythréens de remplir des formulaires précisant les conditions de leur émigration et la durée de leur séjour en Libye. Les détenus craignaient que ces documents ne soient destinés à faciliter leur renvoi forcé en Érythrée. « Les autorités libyennes sont tenues de garantir la sécurité des personnes qui demandent protection sur le territoire libyen, a indiqué Malcolm Smart. « Cette obligation suppose notamment de garantir la confidentialité des informations relatives aux demandeurs d'asile et de ne pas leur faire courir de risques tant qu'ils se trouvent dans le pays. Les représentants de l'ambassade érythréenne ne doivent pas être autorisés à rendre visite aux Érythréens qui demandent l'asile en Libye. « Les autorités doivent immédiatement dispenser des soins médicaux aux détenus blessés lors des violences à Misratah et garantir des conditions de vie décentes à ceux qui sont incarcérés à al Birak et ailleurs ». Amnesty International s'oppose au renvoi forcé de ressortissants érythréens vers leur pays. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a également publié des lignes directrices à destination de tous les gouvernements, les exhortant à ne pas renvoyer de force des Érythréens, y compris des demandeurs n'ayant pas obtenu l'asile, en raison des risques encourus au regard des graves violations des droits humains qui se poursuivent en Érythrée. « Ces Érythréens, ainsi que d'autres demandeurs d'asile et réfugiés, doivent pouvoir entrer en contact sans restriction avec le HCR », a conclu Malcolm Smart.