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Un an après sa mort, justice n'a toujours pas été rendue à un détracteur du gouvernement libyen

Amnesty International demande une nouvelle fois aux autorités libyennes d'enquêter sur la dégradation de l'état de santé puis le décès d'un détracteur bien connu du gouvernement libyen.Le prisonnier d'opinion Fathi el Jahmi est mort le 21 mai 2009 après avoir été maintenu en détention illégale pendant plus de cinq ans. Les autorités libyennes n'ont jamais divulgué la cause précise de son décès, en dépit des demandes répétées d'Amnesty International.« Fathi el Jahmi a franchi la ligne en Libye lorsqu'il a critiqué directement le colonel Mouammar Kadhafi. Sa détention qui s'achève par sa mort sert d'avertissement à ceux qui appellent de leurs vœux des réformes, a déclaré Hassiba Hadj-Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.« Un an après sa mort, les autorités n'ont pas mené d'enquête approfondie sur les circonstances qui expliquent la détérioration de son état de santé, puis son décès, pas plus qu'elles n'ont fait la lumière sur sa détention illégale. »Amnesty International a adopté Fathi el Jahmi en tant que prisonnier d'opinion en 2002, lorsqu'il a été arrêté pour s'être prononcé en faveur de réformes politiques lors d'une session du Congrès populaire de base (équivalent d'un parlement local) à Tripoli. Déclaré coupable, il a été condamné à une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis à l'issue d'un procès inique. Il a été relâché en mars 2004. Les autorités libyennes l'ont de nouveau arrêté quelques semaines plus tard, parce qu'il avait renouvelé son appel en faveur de la démocratie dans des entretiens avec les médias.Tout au long de son incarcération, Fathi el Jahmi a été maintenu à l'isolement, n'a pas été autorisé à recevoir régulièrement la visite de ses proches et n'a bénéficié que de soins médicaux sporadiques, alors qu'il souffrait de diabète, d'hypertension et de problèmes cardiaques.Les informations officielles concernant le sort qui lui était réservé et sa situation juridique étaient rares. En 2006, le gouvernement a affirmé que Fathi el Jahmi était jugé pour avoir « échangé avec des employés d'un État étranger des informations nuisant aux intérêts du pays et leur avoir fourni des indications afin que leurs États attaquent la Jamahirya [la Libye] ». Il était également accusé d'avoir « comploté avec un État étranger en temps de paix ». En septembre 2006, un tribunal a estimé que son état trahissait un « discours délirant » et des « troubles psychiques » et l'a fait interner dans un hôpital psychiatrique.Toutefois, des experts médicaux mandatés par l'organisation indépendante Médecins pour les droits humains, qui ont examiné Fathi el Jahmi en mars 2008, ont soulevé de sérieux doutes quant aux motifs médicaux qui ont conduit à son internement. Cet examen a également confirmé que Fathi el Jahmi souffrait de diabète, d'hypertension et de troubles cardiaques et qu'il avait besoin d'être soigné de toute urgence.À maintes reprises, Amnesty International a porté à l'attention des autorités libyennes ses préoccupations concernant l'état de santé de Fathi el Jahmi, et les a exhortées à le libérer immédiatement et sans condition.Les autorités avaient préféré le maintenir en détention au Centre médical de Tripoli, avant de le transférer à Amman en Jordanie, le 5 mai 2009, alors que des informations laissaient entendre que son état de santé s'était gravement détérioré au cours des mois précédant ce transfert. D'après les autorités, il avait été libéré ce matin-là pour raisons de santé. En Jordanie, il aurait été opéré de la vésicule biliaire et n'aurait pas repris connaissance. Il est mort au Centre médical arabe d'Amman. Le 21 mai 2009, son corps a été transporté à Tripoli, puis à Benghazi où il a été inhumé. « La libération de Fathi el Jahmi pour raisons de santé et son transfert vers la Jordanie pour y être soigné sont intervenus trop tard, ce qui donne à penser que les autorités libyennes ont décidé de le libérer uniquement lorsqu'il s'est trouvé en phase terminale. »Au lendemain de sa mort, Amnesty International a écrit au colonel Mouammar Kadhafi, déplorant que l'incarcération de Fathi el Jahmi et, semble-t-il, les soins inadéquats et irréguliers qui lui ont été prodigués aient tant contribué à la détérioration de son état de santé et, probablement, à sa mort. Elle soulignait également que Fathi el Jahmi n'aurait jamais dû être incarcéré. Près d'une année après sa mort, Amnesty International a reçu une lettre des autorités libyennes qui ne précisaient pas la cause exacte du décès, mais se contentaient de mentionner qu'il souffrait de « diabète, d'hypertension et de troubles cardiaques ». Ayant demandé un exemplaire du rapport d'autopsie, l'organisation n'a reçu aucune réponse. « Alors que nous gardons à l'esprit le courage de Fathi el Jahmi qui prônait pacifiquement la réforme dans un environnement où de telles actions sont considérées comme un crime, nous engageons les autorités libyennes à faire toute la lumière sur sa mort. Par ailleurs, cette affaire illustre à quel point il est urgent de modifier la loi libyenne qui prévoit de graves sanctions, y compris la peine de mort et la détention à perpétuité, contre ceux qui ne font que s'exprimer », a conclu Hassiba Hadj-Sahraoui.