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L'Iran doit libérer un avocat incarcéré pour avoir critiqué l'exécution d'un mineur délinquant

Amnesty International exhorte les autorités iraniennes à libérer un avocat spécialisé dans la défense des droits humains, arrêté après avoir dénoncé l'exécution de l'un de ses clients lors d'interviews accordées à des médias internationaux. Mohammad Olyaeifard a été placé en détention le 1er mai 2010 pour « propagande contre le régime » et a commencé à purger sa peine d'un an de prison. Pourtant, en violation du droit iranien, ses avocats n'ont pas été informés de sa condamnation. Avant d'être arrêté, Mohammad Olyaeifard a affirmé que sa déclaration de culpabilité était motivée par une interview accordée à Voice of America en persan peu après que son client, le mineur délinquant Behnoud Shojaee, ne soit pendu pour un meurtre commis alors qu'il avait 17 ans. « L'arrestation de Mohammad Olyaeifard adresse un terrible message aux avocats iraniens : s'ils osent dénoncer des abus ou des dénis de justice flagrants, ils s'exposent à des représailles, a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. « Tout ce qu'il a fait c'est d'attirer l'attention du monde sur le fait que, pour la 45e fois depuis 1990, l'Iran a foulé aux pieds le droit international en exécutant une personne pour un crime commis alors qu'elle avait moins de 18 ans. » Privé de liberté pour n'avoir fait qu'exercer pacifiquement son droit à la liberté d'expression, Mohammad Olyaeifard doit être relâché immédiatement et sans condition. Peu après avoir donné ses interviews, Mohammad Olyaeifard a été convoqué aux fins d'interrogatoire sur la base d'une plainte déposée contre lui par le procureur de Téhéran. En novembre 2009, il a été détenu pour une courte période et inculpé, avant d'être libéré moyennant une caution s'élevant à environ 40 000 euro. Le 7 février 2010, le tribunal révolutionnaire de Téhéran l'a condamné à une peine d'un an d'emprisonnement. Interpellé une seconde fois le 8 mars, il a été relâché six jours plus tard, ses avocats n'ayant pas été informés de sa condamnation. Dans une interview accordée à la Deutsche Welle en persan, son avocat Abdolfattah Soltani a indiqué que Mohammad Olyaeifard avait été une nouvelle fois arrêté le 1er mai alors qu'il se rendait au tribunal révolutionnaire de Téhéran afin d'y rencontrer un magistrat. Il est actuellement incarcéré dans la section 350 de la prison d'Evin. Mohammad Olyaeifard, qui a défendu nombre de prisonniers d'opinion et de mineurs délinquants – les personnes condamnées à mort pour des crimes commis alors qu'elles n'avaient pas 18 ans – avait déjà été pris pour cible en raison de ses activités. Une fois, il a été interrogé et accusé de « propager des mensonges » parce qu'il avait condamné la torture subie par l'un de ses clients. C'est également un fervent détracteur des exécutions de mineurs délinquants en Iran. Amnesty International exhorte les autorités iraniennes à garantir que, durant sa détention, il puisse consulter ses avocats, recevoir la visite de sa famille et bénéficier des soins médicaux nécessaires. Mohammad Olyaeifard doit suivre un traitement régulier pour des migraines sévères et s'est évanoui le 4 mars. Les autorités ont intensifié les restrictions déjà rigoureuses qu'elles imposent à la liberté d'expression en Iran depuis l'élection présidentielle controversée de juin 2009, arrêtant politiciens et militants, étudiants, défenseurs des droits humains et journalistes, mais aussi des avocats tels que Mohammad Ali Dadkhah, Abdolfattah Soltani et Mohammad Mostafaei – qui ont tous été libérés sous caution. L'arrestation de Mohammad Olyaeifard illustre la volonté des autorités iraniennes de saper l'indépendance de l'Association des avocats iraniens, y compris en empêchant des candidats de se présenter à l'élection pour des postes hauts placés. « Cette dernière mesure des autorités iraniennes témoigne de l'extension de la répression en Iran et montre qu'aucun groupe n'est à l'abri. Les autorités cherchent à réduire au silence quiconque les critique. Les organisations de défense des droits humains et leurs membres, les journalistes, les figures de l'opposition, les étudiants et les défenseurs des droits des femmes ont été pris pour cibles. C'est désormais au tour des avocats », a expliqué Hassiba Hadj Sahraoui. Les Principes de base relatifs au rôle du barreau des Nations unies disposent que les avocats doivent pouvoir s'acquitter de leurs fonctions professionnelles « sans entrave, intimidation, harcèlement ni ingérence indue », mais reconnaissent aussi expressément qu'ils doivent jouir de la liberté d'expression, et en particulier, « ils ont le droit de prendre part à des discussions publiques portant sur le droit, l'administration de la justice et la promotion et la protection des droits de l'homme ».