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L'Égypte doit lever l'état d'urgence

Amnesty International déplore la prorogation de l'état d'urgence décrétée le 11 mai par les autorités égyptiennes ; celles-ci ont, dans la précipitation, fait adopter par le Parlement la reconduite pour deux ans de l'application de lois d'exception invoquées pour réprimer les actions de protestation non violentes menées par l'opposition. Les autorités égyptiennes affirment que ces pouvoirs d'urgence, en place depuis 29 ans, sont requis pour lutter contre le terrorisme et le trafic de stupéfiants ; dans les faits, ils sont utilisés pour sévir contre des personnes qui expriment pacifiquement leur désaccord avec le pouvoir et pour maintenir en détention sans inculpation ni jugement pendant des périodes prolongées. « En maintenant l'état d'urgence, les autorités égyptiennes donnent à leurs forces de sécurité, en particulier aux membres du Service de renseignement de la sûreté de l'État, toute latitude pour continuer à utiliser les pouvoirs d'urgence à des fins de répression, ce qui a clairement donné lieu à de nombreuses violations », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. « Les autorités instrumentalisent régulièrement de soi-disant préoccupations d'ordre sécuritaire pour bafouer les droits humains ». « Cette législation restreint indûment les droits à la liberté d'association et de réunion, et fait le lit de la détention arbitraire, de la torture et des procès iniques. Nous déplorons en particulier que l'extension de l'état d'urgence survienne alors que des élections doivent se tenir en Égypte cette année ; les autorités ont l'habitude de s'appuyer sur les pouvoirs d'urgence pour mettre les opposants derrière les barreaux. » Le gouvernement continue par ailleurs à réprimer la liberté de réunion. En avril, des manifestants non violents demandant une réforme politique et la fin de l'état d'urgence se sont heurtés à la violence des forces de sécurité. Des manifestations de ce type continuent à avoir lieu dans tout le pays. Amnesty International a recensé des informations sur des centaines de cas de détention arbitraire de membres des Frères musulmans, le plus grand parti d'opposition organisé du pays, pendant la campagne électorale de 2005. L'organisation a également fait état de l'interdiction pesant sur les manifestations menées par l'opposition et de la manière violente dont elles sont dispersées. Les autorités égyptiennes ont déclaré que l'état d'urgence ainsi renouvelé sera « assoupli » ; les restrictions à la liberté d'expression seront par exemple moins nombreuses. Par ailleurs, les pouvoirs relevant de l'état d'urgence habilitent les autorités à ordonner le placement en détention sans inculpation ni jugement de tout individu simplement soupçonné d'atteinte à la « sécurité nationale » ou à l'« ordre public ». Amnesty International a relevé de nombreux cas dans le cadre desquels des personnes ont été soumises à une détention secrète, à la torture ou à d'autres mauvais traitements par le Service de renseignement de la sûreté de l'État, dont les abus de pouvoir sont tristement célèbres. Des milliers de personnes détenues sans inculpation ni jugement en vertu de la législation d'urgence se morfondent dans les prisons égyptiennes, dans des conditions dégradantes et inhumaines. Certaines sont détenues depuis plus de dix ans alors que, dans bien des cas, des tribunaux ont ordonné à plusieurs reprises leur remise en liberté. Amnesty International a également constaté que le recours aux pouvoirs d'urgence s'est soldé par la tenue de procès manifestement iniques devant des tribunaux d'exception ou militaires, qui permettent de contourner le système de justice pénale. Les autorités égyptiennes continuent à utiliser ces pouvoirs à mauvais escient pour limiter la liberté d'association. Des centaines de membres et sympathisants présumés des Frères musulmans sont actuellement incarcérés. Amnesty International craint en outre que ces violations ne deviennent la norme, du fait du projet de loi antiterroriste ayant pour objectif de se substituer de manière permanente à la législation d'urgence. La teneur de ce texte reste secrète, bien qu'Amnesty International et d'autres aient demandé à de nombreuses reprises à pouvoir le consulter et à donner leur avis. Dans le cadre de l'Examen périodique universel se déroulant devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, les autorités égyptiennes ont assuré que le projet de loi respectait les droits humains. Elles ont cependant également rejeté une recommandation préconisant que les pouvoirs d'urgence ne soient pas inscrits dans la Constitution. Des élections législatives doivent avoir lieu en Égypte cet automne, suivies d'une élection présidentielle en 2011.