« Je dois à Amnesty International d’être en vie »

« Je dois à Amnesty International d’être en vie … et maintenant je consacre cette vie à militer contre la peine de mort et à sensibiliser l’opinion publique à l’importance des droits humains. » C’est avec grande émotion que Hafez Ibrahim a accueilli il y a quelques jours au Yémen Lamri Chirouf, chercheur à Amnesty International que le jeune homme considère comme celui qui a empêché son exécution pour un crime commis lorsqu’il était mineur. Âgé aujourd’hui de 22 ans, Hafez Ibrahim décrit avec fierté sa détermination à tirer le plus grand profit de la vie qu’il a failli perdre. Il est en troisième année d’études de droit à l’Université de Sanaa et prévoit de se consacrer à la protection des droits humains. Son histoire met en évidence le caractère particulièrement injuste et cruel de la peine de mort lorsqu’elle est prononcée contre des mineurs délinquants.   Hafez Ibrahim était âgé de 16 ans lorsqu’il s’est rendu à un mariage dans sa ville natale, Taizz. L’ambiance était festive et la plupart des hommes étaient armés. À un moment les esprits se sont échauffés, une bagarre a éclaté, un coup de feu est parti et quelqu’un a été tué.   « Le premier juge a demandé aux experts médicaux d’évaluer mon âge, mais cela n’a pas été fait. Puis le deuxième juge est arrivé et m’a condamné à mort. » Hafez Ibrahim n’a pas été autorisé à interjeter appel de sa condamnation. Deux ans plus tard et à des milliers de kilomètres de là, au siège d’Amnesty International à Londres, Lamri Chirouf reçoit un message sur son téléphone qui disait : « Ils vont nous exécuter.  Hafez. » Par chance, le jeune homme avait réussi à se procurer un téléphone dans la prison centrale de Taizz pour envoyer son message désespéré. Hafez Ibrahim savait ce qui l’attendait. Il serait allongé de force sur le sol, face contre terre, à l’intérieur de la prison et les gardiens tirerait sur lui au niveau du cœur avec un fusil automatique. Le compte à rebours cruel avait donc commencé pour le jeune homme. « Nous étions bouleversés par cette nouvelle et en avons appelé immédiatement au président et aux autorités du Yémen, a déclaré Lamri Chirouf. Nous avons également mobilisé nos membres en diffusant une Action urgente en faveur de Hafez Ibrahim. » Le président a réagi en demandant un sursis pour que la famille de la victime ait le temps si elle le souhaitait d’accorder son pardon. Aucun pardon n’ayant été accordé, une nouvelle date a été fixée pour l’exécution le 8 août 2007. Amnesty International s’est de nouveau adressée au président, qui a accordé un nouveau sursis de trois jours. La famille de la victime a alors accepté que l’exécution soit reportée pour avoir lieu après le mois du ramadan. Le 30 octobre 2007, après que la famille de la victime eut accepté d’accorder son pardon en échange d’une diya (compensation financière) de 25 millions de rials yéménites (environ 3 300 €), Hafez Ibrahim a été libéré. « J’étais si heureux, a-t-il déclaré à Lamri Chirouf à Sanaa il y a quelques jours. Je ne peux pas décrire ce que je ressens. Je suis comme dans un rêve. J’ai du mal à croire que je suis encore debout. »