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L'Égypte doit protéger les personnes qui manifestent pacifiquement

Amnesty International exhorte les autorités égyptiennes à autoriser les manifestations pacifiques et à protéger ceux qui y participent après que la police a violemment réprimé une nouvelle manifestation antigouvernementale au Caire ce mardi 13 avril : des personnes ont été frappées et blessées avec des matraques, et au moins l'une d'entre elles a été arrêtée et maltraitée. Ces événements font suite à la violente répression d'une manifestation similaire qui s'est déroulée dans la capitale égyptienne le 6 avril, au cours de laquelle 90 personnes ont été arrêtées. Les manifestants réclament une réforme politique et la fin de l'état d'urgence imposé par le gouvernement depuis 29 ans, qui est utilisé pour restreindre les mouvements de protestation et la liberté d'expression. « La répression actuelle des manifestations pacifiques montre que l'État est déterminé à faire taire ceux qui demandent une réforme et critiquent ses politiques, a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. Les autorités égyptiennes doivent veiller à ce que les manifestants pacifiques puissent protester sans danger, au lieu de mobiliser les forces de sécurité, qui sont bien connues pour leur brutalité. » Selon les estimations, entre 200 et 1 000 personnes ont participé à la manifestation de mardi, organisée devant les locaux du ministère public à la Haute Cour du Caire par le Mouvement égyptien pour le changement (Kefaya). Un témoin oculaire a indiqué à Amnesty International que les forces de sécurité avaient bouclé la zone et frappé sans discernement des hommes et des femmes, y compris des personnes âgées. Au moins un militant, Bahaa Saber, a été appréhendé au cours de la manifestation. Son arrestation brutale a été enregistrée sur une vidéo largement diffusée sur Internet. D'après l'un de ses avocats, membre du Réseau arabe pour l'information sur les droits de l'homme, cet homme a été roué de coups et traîné dans la rue par des agents des forces de sécurité présents sur place. Sur le chemin le menant au poste de police de Boulaq Abu El Ela, Bahaa Saber dit avoir été frappé à maintes reprises au visage avec une chaussure alors qu'il se trouvait dans une voiture avec des policiers. Ensuite, on lui a bandé les yeux avant son entrée au poste, où on lui a enlevé tous ses vêtements et attaché les mains derrière le dos. Selon lui, il a alors été encore battu et insulté, et on lui a craché dessus. Cinq heures après son arrestation, de nouveaux vêtements lui ont été remis et il a été transféré au poste de police d'Azbakeyya. Des avocats ont été autorisés à le voir, de même qu'un médecin du Centre Nadim de traitement psychologique et de réadaptation des victimes de violence qui a pu l'examiner.   « Quand j'ai vu Bahaa Saber, il n'allait pas bien. Le côté gauche de son visage était contusionné et enflé, et son œil aussi. Il avait une coupure en haut de la joue gauche. Il avait des bleus sur les bras et le dos, et il avait du mal à bouger l'un des doigts de sa main gauche », a déclaré Aida Seif El Dawla, du Centre Nadim, à Amnesty International. Bahaa Saber a été interrogé par le ministère public du nord du Caire, qui a d'abord refusé de l'envoyer faire un examen médicolégal, malgré les demandes formulées par des avocats représentant plusieurs organisations, dont le Centre égyptien pour les droits économiques, sociaux et culturels, la Fondation El Helali pour les libertés et le Centre Hisham Mubarak pour le droit. Il a finalement été transféré à l'hôpital du Croissant-Rouge égyptien pour un examen médical préliminaire mardi soir, mais ses avocats n'ont pas été autorisés à l'accompagner. Ce jeudi 15 avril, le procureur a ordonné la libération sous caution de Bahaa Saber, après que ses avocats eurent fait appel d'une précédente ordonnance de placement en détention pour 15 jours. Il continue de faire l'objet d'une information judiciaire pour trois chefs d'accusation : on lui reproche d'avoir « crié et manifesté », « agressé des policiers verbalement et par des gestes » et « bloqué la circulation routière ». Le procureur a également interrogé mercredi le responsable du poste de police au sujet du traitement infligé à Bahaa Saber. Les avocats de ce dernier attendent de voir si des poursuites seront engagées contre la police. « Le procureur doit dénoncer les graves atteintes aux droits humains commises par les forces de sécurité égyptiennes et les amener à rendre des comptes. Il faut mener une véritable enquête sur leur conduite, et non une énième parodie d'enquête les mettant hors de cause », a ajouté Hassiba Hadj Sahraoui. Les mesures de répression prises par les autorités s'inscrivent dans un climat de mécontentement croissant devant les politiques du gouvernement, la hausse du coût de la vie, les bas salaires et le manque de droits des travailleurs. Au cours des derniers mois, des employés des secteurs public et privé ont organisé plusieurs manifestations et grèves non autorisées afin de réclamer la hausse des salaires et l'amélioration des conditions de travail. Les forces de sécurité sont intervenues pour disperser certains rassemblements, alors que les professionnels des médias n'ont pas pu se rendre dans les zones où se déroulaient les manifestations, ou s'en sont fait expulser. En prévision des élections présidentielles qui auront lieu l'an prochain en Égypte, une trentaine de figures de l'opposition, dont Mohamed ElBaradei, ancien directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (IAEA), ont formulé des recommandations stratégiques, portant principalement sur les modifications de la Constitution destinées à garantir la transparence et l'équité de ce scrutin, dans le cadre de leur programme pour une réforme démocratique. Depuis que l'état d'urgence a été imposé en 1981, les autorités égyptiennes ont eu recours aux dispositions de la loi relative à l'état d'urgence pour interdire les manifestations et restreindre la liberté d'expression et les droits relatifs à la liberté d'association et de réunion. Le 9 avril, quelque 33 sympathisants de Mohamed ElBaradei ont été arrêtés au Koweït après avoir tenté d'organiser une manifestation pacifique. La plupart ont été renvoyés en Égypte de façon expéditive. Amnesty International demande instamment au gouvernement égyptien de respecter le droit à la liberté d'expression, d'association et de réunion, notamment en honorant l'engagement pris par l'Égypte devant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies dans le cadre de l'examen périodique universel (EPU) de son bilan en matière de droits humains en février 2010. Au cours de cet EPU, les autorités égyptiennes ont déclaré qu'elles respectaient déjà le droit à la liberté d'expression et de réunion – déclaration contredite par ces derniers événements – et nié que des militants politiques étaient actuellement arrêtés et détenus.