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Amnesty International engage les autorités de Belgrade à renoncer à l'expulsion de 300 familles roms

Amnesty International a exhorté les autorités de la capitale de la Serbie, Belgrade, à ne pas donner suite à leur projet d'évacuation par la force d'une zone d'habitat rom. En vue de la construction d'une nouvelle route, 300 habitations de fortune doivent être démolies dans les jours à venir dans le quartier dit de Belville. Cependant, les pouvoirs publics n'ont pas proposé de solution de relogement convenable aux Roms qui y vivent. En effet, le maire adjoint de Belgrade a indiqué que les familles seraient hébergées dans des « conteneurs » en métal.« Ces expulsions sont menées sans le moindre égard pour les centaines de familles résidant à Belville, qui n'ont pas été consultées, ni même correctement informées à ce sujet. Ces personnes sont traitées comme des citoyens de deuxième ordre, a déclaré Sian Jones, responsable des recherches sur la Serbie au sein d'Amnesty International. Nous ne pensons pas que des conteneurs métalliques soient une forme de relogement acceptable. D'autres familles roms de Belgrade, expulsées l'année dernière, vivent actuellement dans ces conteneurs, mal aérés, humides et surpeuplés. »Le 30 mars, le maire adjoint de Belgrade a annoncé que des expulsions seraient lancées à la fin du mois d'avril afin de permettre la construction d'une voie d'accès à un futur pont sur la rivière Save. La semaine dernière, Amnesty International a appris que des employés de la municipalité de Belgrade s'étaient rendus à Belville et avaient menacé les résidents roms d'une expulsion très prochaine. Quatre familles auraient reçu un avis d'expulsion. Toutefois, aucune notification n'a été adressée aux autres habitants.Si l'expulsion a lieu, de nombreuses familles perdront leur unique source de revenu. La principale activité des résidents de Belville consiste en effet à récupérer et à revendre des objets ou des matériaux recyclables, qu'ils stockent sous un pont voisin.Aux termes du droit international, les expulsions ne doivent être pratiquées qu'en dernier ressort et uniquement après examen de toutes les solutions possibles, en réelle consultation avec les populations touchées. Or, les Roms de Belville n'ont pas été consultés ni informés au sujet des suites de l'expulsion.Amnesty International s'est rendue dans le quartier de Belville en février et en mars 2010. Les habitants redoutaient déjà une expulsion mais n'avaient reçu aucun préavis. Les autorités municipales, lorsqu'Amnesty International les a interrogées en février, ont affirmé qu'elles n'envisageaient pas de chasser des habitants de Belville. Cependant, en mars, le maire adjoint a rendu publics les projets d'expulsion. Cette annonce est intervenue à la suite d'informations selon lesquelles la Banque européenne d'investissement avait débloqué des fonds pour financer la construction de routes d'accès dans le cadre du projet de nouveau pont sur la Save. Amnesty International craint que les autorités municipales belgradoises ne procèdent à l'évacuation de Belville de la même façon qu'elles ont chassé par la force les habitants du site de Gazela, en août 2009. À l'issue de cette expulsion, 114 familles roms avaient été relogées à la périphérie de la capitale, en divers endroits. Elles vivent actuellement dans des conteneurs métalliques situés dans la banlieue belgradoise, loin des services publics. Amnesty International estime que ces conteneurs ne sont pas conformes aux normes relatives aux droits humains en matière de logement convenable.La semaine dernière, 35 familles ont été expulsées d'une autre zone d'habitat rom de la ville, connue sous le nom de Vidikovac ; aucune solution de relogement ne leur a été proposée. D'après certaines ONG, d'autres expulsions forcées auront lieu sur ce site la semaine prochaine.Amnesty International a appelé les autorités serbes à prendre des mesures afin que toutes les expulsions se déroulent dans le respect de la loi et des droits de la population rom.« Les autorités doivent veiller à ce qu'aucune de ces familles ne soit privée de toit ou exposée à d'autres atteintes aux droits humains à la suite d'une expulsion, a déclaré Sian Jones. Elles doivent en particulier leur offrir des voies de recours judiciaires et notamment prévoir des indemnisations pour la destruction de leurs foyers et de leurs biens. Le gouvernement serbe a pour devoir de veiller à ce que les autorités de Belgrade respectent le droit international relatif aux droits humains. »