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Dix ans après un massacre commis en Tchétchénie justice n'a toujours pas été rendue

« Aujourd'hui, alors que je marchais dans Grozny, je ne voyais pas les maisons et les magasins qui ont été reconstruits, je continuais de voir les morts et leurs visages. » Elvira Dombaeva, rescapée du massacre de Novye Aldi Dix ans après le massacre de dizaines de civils qui vivaient dans un village des faubourgs de Grozny, la capitale tchétchène, les proches des victimes n'ont toujours pas obtenu justice en Russie. Dans la matinée du 5 février 2000, 56 hommes et femmes, au moins, ont été tués par les forces de sécurité russes à Novye Aldi.   En février 2000, le conflit armé qui avait débuté en Tchétchénie en octobre 1999 était déjà moins intense. Les habitants du village avaient commencé à sortir des caves et à retourner dans la rue quand les soldats sont arrivés. Ils n'ont pas enterré leurs morts immédiatement car ils attendaient que les autorités viennent enquêter sur ces atrocités. La Russie n'a pas, depuis dix ans, établi les responsabilités malgré les éléments de preuve liant ce crime aux membres de l'OMON, le détachement de la police russe chargé des opérations spéciales. « Quand nous avons finalement pu récupérer les corps, au bout de deux jours, nous n'avons pas réussi à fermer les yeux des morts. C'était l'hiver et il nous a fallu verser de l'eau tiède sur leurs yeux pour pouvoir les fermer », a expliqué à Amnesty International Elvira Dombaeva, qui a survécu au massacre. Dans les mois qui ont suivi, des militants tchétchènes des droits humains et des procureurs ont rassemblé des informations dignes de foi permettant d'identifier les responsables de ce crime. En 2006, le gouvernement russe a confirmé qu'une « opération spéciale » avait été menée dans le secteur le 5 février 2000 par une unité de l'OMON, et que plus de 50 personnes avaient été tuées à Novye Aldi le 5 février 2000. Or, selon les informations dont dispose Amnesty International, les autorités n'ont rien entrepris de sérieux pour tenter d'identifier et sanctionner ceux qui ont participé au massacre. Les procureurs qui ont tenté d'enquêter sur cette affaire se sont heurtés à des mesures d'obstruction. « L'affaire du massacre de Novye Aldi illustre l'inefficacité du système judiciaire russe et le fait que les autorités russes n'ont pas la volonté politique de mener une enquête et de déférer à la justice les personnes responsables de crimes commis contre la population civile en Tchétchénie », a déclaré David Diaz-Jogeix, directeur adjoint du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International. En juillet 2007, la Cour européenne des droits de l'homme a estimé qu'il y avait eu violation du droit à la vie et de l'interdiction de la torture et des autres formes de mauvais traitements, et que la Russie était responsable de la mort de 13 habitants de Novye Aldi ; les proches de ces derniers avaient porté plainte auprès de la Cour car elles n'avaient pas pu obtenir justice en Russie. Or, personne n'a encore été déféré à la justice pour ces actes. Amnesty International a appelé les autorités russes à rendre justice aux victimes du massacre de Novye Aldi. C'est uniquement en identifiant les responsables, en les arrêtant et en les déférant à la justice que les autorités pourront montrer qu'elles sont déterminées à respecter le droit à la vie et la législation.