En Iran, le discours des autorités sur la tolérance zéro suscite des craintes pour les manifestants

Amnesty International a exhorté les autorités iraniennes à autoriser les manifestations pacifiques jeudi 11 février, date du 31e anniversaire de la Révolution islamique en Iran. L’organisation réagissait à l’annonce par la police et la justice que les manifestations anti-gouvernementales ne seraient pas tolérées.

Cet appel intervient alors que les personnes ayant participé aux précédentes manifestations antigouvernementales au sujet de l’élection présidentielle controversée de juin 2009 ont fait l’objet d’une riposte violente des autorités prenant la forme d’arrestations, de procès iniques et d’exécutions.

Mir Hossein Mousavi et Mehdi Karroubi, deux des candidats présidentiels déchus, ont appelé la population à se rendre dans la rue pour faire entendre de manière pacifique leur point de vue.

« Les autorités iraniennes se doivent de protéger la population et de maintenir l’ordre, a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord. Cependant, ceci ne justifie ni la suppression des manifestations pacifiques, comme cela s’est passé plusieurs fois au cours des derniers mois, ni une répression violente des manifestants pacifiques par les forces de l’ordre. »

Amnesty International a également exhorté les autorités iraniennes à veiller à ce que toutes les opérations de maintien de l’ordre soient menées par du personnel dûment formé, et dans le respect des normes internationales.

« Les opérations de maintien de l’ordre ne devraient pas être menées par la Bassidj, cette milice volontaire partisane qui s’est rendue coupable de graves violations des droits humains et n’est ni formée ni équipée pour mener correctement des opérations de maintien de l’ordre », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui.

On s’attend à des manifestations de masse contre le gouvernement le 11 février en dépit des récents « procès pour l’exemple » de personnes accusées d’avoir entretenu des liens avec divers groupes de l’opposition et d’avoir orchestré des manifestations. Ces procès ont donné lieu à des condamnations à mort et à de longues peines d’emprisonnement, et deux personnes ont été exécutées en janvier.

Amnesty International s’est dite préoccupée par le fait que les autorités iraniennes semblaient contraindre des détenus à « avouer » entretenir des liens avec certains groupes ou organisations politiques accusés d’être à l’origine du mouvement de protestation pour leur faire endosser la responsabilité des manifestations persistantes contre le gouvernement et des atteintes aux droits humains commises.

Bien qu’arrêtés avant le scrutin présidentiel contesté de juin dernier, les deux hommes exécutés en janvier avaient été reconnus coupables d’être liés au groupe d’opposition Anjoman-e Padshahi Iran (API) et d’avoir tenté de fabriquer des explosifs.

Arash Rahmanipour et Mohammad Reza Ali-Zamani ont été représentés par des avocats commis d’office et leurs avocats à eux n’ont pas été autorisés à assister au procès. Selon certaines informations, ils auraient été contraints de faire des aveux qui leur auraient été dictés par les personnes qui les interrogeaient.

« Ces procès et ces exécutions ont été utilisés par les autorités iraniennes pour étayer leur affirmation selon laquelle les manifestations massives de ces derniers mois ne seraient pas une expression de mécontentement populaire face au scrutin présidentiel controversé et à la répression brutale contre les manifestants, mais qu’elles auraient été fomentées par des puissances étrangères et des groupes d’opposition en exil voulant provoquer un changement de régime en Iran, a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui.

Les manifestations antigouvernementales qui ont eu lieu depuis juin 2009 ont fait l’objet d’une répression particulièrement brutale.

Selon des représentants de l’État iranien, plus de 40 personnes seraient mortes au cours de ces manifestations violemment réprimées par les forces de sécurité. Amnesty International considère elle qu’il y a eu au moins 80 morts, et peut-être beaucoup plus. Plus de 5 000 personnes ont été interpellées, dont beaucoup ont été torturées ou soumises à d’autres formes de mauvais traitements.

Plus d’une centaine de personnes auraient été condamnées à des peines d’emprisonnement, de flagellation ou de mort à l’issue de procès iniques « pour l’exemple ». Au moins neuf personnes seraient en grand danger d’être exécutées.

Plusieurs autres personnes parmi un groupe de 16 accusés dont le « procès pour l’exemple » est en cours et qui pourraient être inculpés de moharebeh (inimitié à l’égard de Dieu), passible de la peine de mort, pourraient aussi être en danger.

Les manifestations massives les plus récentes ont eu lieu au moment des fêtes religieuses de Tasoua et de l’Achoura les 26 et 27 décembre 2009 ; plus d’un millier de personnes ont alors été arrêtées. Depuis lors, plus de 200 autres auraient été placées en détention après avoir été arrêtées chez elles ou sur leur lieu de travail.