• Nouvelles

Une artiste déclarée coupable de diffamation en Ouzbékistan

Amnesty International a appelé les autorités ouzbèkes à annuler la condamnation pour « diffamation et outrage » prononcée contre une photographe et documentariste de premier plan dont l'œuvre rend compte de la vie quotidienne en Ouzbékistan. Ce mercredi 10 février, Oumida Ahmedova a été déclarée coupable des charges qui pesaient sur elle par le tribunal du district de Mirabad, à Tachkent, la capitale de l'Ouzbékistan, mais elle a été graciée par le juge présidant le tribunal. Ces charges renvoyaient à des photos et à un documentaire d'Oumida Ahmedova que les autorités ouzbèkes ont considérés comme diffamatoires et insultants pour le peuple ouzbek et ses traditions. « Si Oumida Ahmedova a échappé à la prison aujourd'hui, elle a néanmoins été déclarée coupable alors qu'elle n'a fait qu'exercer son droit à la liberté d'expression. Sa condamnation reste inscrite dans son casier judiciaire, même si elle a été graciée et reste en liberté », a déclaré Maisy Weicherding, chercheuse d'Amnesty International chargée de l'Ouzbékistan. En 2007, Oumida Ahmedova, avec l'appui de l'ambassade de Suisse à Tachkent, a publié une série de photos intitulée « Des femmes et des hommes – de l'aube au crépuscule », qui portait sur les inégalités entre hommes et femmes en Ouzbékistan. En 2008, elle a réalisé un documentaire, « Le fardeau de la virginité », qui explorait l'obligation traditionnelle faite aux femmes de prouver leur virginité le soir de leurs noces. Oumida Ahmedova a été inculpée de diffamation et d'outrage le 23 janvier, sur la base de l'analyse de l'Agence ouzbèke de presse et d'information et des conclusions d'un « groupe d'experts » chargé par le Bureau du procureur général d'étudier ses photos et son documentaire. Selon les informations recueillies, ce groupe était composé de psychologues ainsi que de spécialistes en matière de religion, de propagande et de spiritualité. Il ne comptait aucun expert en droits humains ni en questions de genre, malgré l'importance manifeste de ces questions dans l'œuvre d'Oumida Ahmedova. Le « groupe d'experts » a estimé que le documentaire portait préjudice à l'image du pays, dénigrait ses traditions et constituait une atteinte à ses valeurs spirituelles et morales. De plus, il a jugé qu'Oumida Ahmedova n'avait cherché qu'à montrer « les aspects sombres de la vie en Ouzbékistan » dans sa série de photos et il a recommandé l'interdiction de la diffusion de son œuvre auprès du public. Amnesty International a déclaré qu'elle considérait que les charges retenues contre Oumida Ahmedova constituaient une violation de son droit à la liberté d'expression tel qu'il est garanti par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel l'Ouzbékistan est partie. L'organisation a également exprimé la crainte que la procédure pénale à l'encontre d'Oumida Ahmedova n'ait été engagée dans le but d'intimider d'autres artistes qui travaillent sur les pratiques traditionnelles discriminatoires à l'égard des femmes et des jeunes filles.