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Zimbabwe : les violations des droits humains se poursuivent sous le gouvernement d'union nationale

Amnesty International a appelé ce mercredi 10 février le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, et le Premier ministre, Morgan Tsvangirai, à tenir l'engagement qu'ils ont pris de réformer les institutions, afin de mettre fin aux violations des droits humains qui se poursuivent dans le pays depuis la formation du gouvernement d'union nationale il y a un an. Les actes de torture et de harcèlement et les poursuites motivées par des considérations politiques à l'égard de défenseurs des droits humains et d'opposants supposés n'ont pas cessé, et dans certaines régions du Zimbabwe, des villageois sont soumis à des tentatives d'intimidation incessantes par des sympathisants de l'ancien parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF). « On a laissé toute latitude au Bureau du procureur général, à la police et à l'armée pour violer les droits humains à des fins politiques, a déclaré Erwin van der Borght, directeur du Programme Afrique d'Amnesty International. « Les réformes ayant été remises à plus tard, la situation reste fragile au Zimbabwe : les auteurs de violations, n'ayant pas été soumis à l'obligation de rendre des comptes, ont été encouragés à poursuivre leurs agissements », a-t-il ajouté. Amnesty International a appelé le gouvernement d'union nationale à mettre un terme au harcèlement dont les défenseurs des droits humains sont actuellement la cible. Plusieurs manifestations non violentes organisées par le mouvement civique Femmes du Zimbabwe, debout ! (WOZA) ont été violemment dispersées par la police en 2009. Dix-sept défenseurs des droits humains et militants politiques enlevés par des agents de la sûreté de l'État en 2008 sont toujours sous le coup de charges qui, de l'avis général, ont été forgées de toutes pièces. En septembre 2009, la Cour suprême a ordonné l'abandon définitif des poursuites engagées contre une militante, Jestina Mukoko, directrice du Projet de paix pour le Zimbabwe (ZPP), en raison d'éléments accablants prouvant qu'elle avait été torturée. « Les autorités doivent mettre fin au harcèlement incessant des défenseurs des droits humains et prendre des mesures pour protéger efficacement les droits aux libertés d'expression, d'association et de réunion pacifique », a déclaré Erwin van der Borght. L'armée et les services de renseignement zimbabwéens, de même que le Bureau du procureur général, ont été maintenus sous le contrôle de la ZANU-PF à la suite d'un accord négocié par la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) en 2008. La police est sous la double tutelle des ministres de la ZANU-PF et du Mouvement pour le changement démocratique – Tsvangirai (MDC-T). « Il incombe au président Mugabe et à la ZANU-PF de faire le nécessaire pour réformer les institutions-clés sous leur contrôle afin de mettre fin à la culture de l'impunité, qui continue à menacer la stabilité dans le pays », a souligné Erwin van der Borght. L'appel à la réforme lancé par Amnesty International fait suite aux informations selon lesquelles des villageois, dans plusieurs régions du Zimbabwe, sont menacés de violences par des sympathisants de la ZANU-PF opérant avec le soutien de l'armée, qui cherchent à les contraindre à accepter le projet de Constitution Kariba. Le projet Kariba, sur lequel les partis composant le gouvernement d'union nationale se sont mis d'accord en septembre 2007, est vivement critiqué par certaines organisations de la société civile, qui reprochent à ces formations de chercher à imposer une constitution sans consultation. Des habitants des villages de Mutoko, Muzarabani et Mount Darwin auraient été menacés d'être passés à tabac s'ils ne soutenaient pas la position de la ZANU-PF. Des menaces similaires avaient été formulées et mises à exécution à l'approche de l'élection présidentielle de juin 2008. « Il s'agit de signes avant-coureurs qui indiquent à quel point la situation risque de s'aggraver si des mesures d'urgence ne sont pas prises pour empêcher les agents de la sûreté de l'État de mener des campagnes politiques violentes. « Par le passé, leurs agissements se sont traduits par des violations flagrantes des droits humains ; des personnes considérées comme des opposants ont notamment été torturées, voire tuées. » À ce jour, les autorités n'ont pris aucune mesure pour que des enquêtes soient menées sur les violations des droits humains flagrantes qui auraient été commises par les forces de sécurité à l'approche du deuxième tour de l'élection présidentielle de 2008, violations qui ont fait au moins 200 morts, plus de 9 000 blessés et entraîné le déplacement de dizaines de milliers de personnes. « Le gouvernement d'union doit enquêter sur les violations des droits humains passées et présentes imputées à des agents de la sûreté de l'État, notamment sur les actes de torture et les autres formes de mauvais traitements qui auraient été infligés à des détenus », a déclaré Erwin van der Borght. Des violations des droits humains flagrantes ont également été perpétrées au sein de l'armée. Deux soldats au moins sont morts sous la torture en octobre 2009, alors qu'ils étaient interrogés par des agents des services de renseignement et de la police militaire à Harare. Un militaire se serait suicidé alors qu'il était détenu à l'isolement et plusieurs autres reçoivent toujours des soins médicaux pour des blessures infligées par leurs tortionnaires. Les victimes avaient été arrêtées en même temps que 95 autres militaires soupçonnés d'être entrés par effraction dans un dépôt d'armes de la caserne de Pomona et d'y avoir dérobé 21 armes à feu. « Les institutions zimbabwéennes sont gangrenées par des auteurs de violations des droits humains dont les actes demeurent bien souvent impunis. Sans une véritable réforme, tout laisse à penser que ces agissements se poursuivront », a conclu Erwin van der Borght.