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Le Yémen doit annuler la peine d'emprisonnement prononcée contre une journaliste

Amnesty International a appelé les autorités yéménites à annuler une peine de trois mois d'emprisonnement prononcée contre une journaliste après que celle-ci a été reconnue coupable de diffamation envers le président, Ali Abdullah Saleh. Selon les informations parues dans la presse, la journaliste Anissa Uthman, qui travaille pour l'hebdomadaire al Wassat, a fait l'objet de poursuites en raison d'articles dans lesquels elle dénonçait l'arrestation et l'emprisonnement de militants des droits humains. « L'action intentée contre Anissa Uthman semblent refléter l'intolérance croissante du gouvernement vis-à-vis des médias et de toute critique, même pacifique, des autorités, notamment au sujet des atteintes aux droits humains commises au cours du conflit dans le gouvernorat de Saada et en réaction au mouvement de protestation actuel dans le sud », a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. D'après les informations recueillies par l'organisation, Anissa Uthman a été condamnée samedi dernier à une peine de prison après avoir été jugée sans être présente par un tribunal de Sanaa spécialisé dans la presse, qui a récemment été créé pour juger les affaires ayant trait aux médias. Cette instance a débuté ses activités en juin 2009 et traite actuellement, semble-t-il, quelque 150 affaires.   On craint qu'Anissa Uthman ne soit emprisonnée très prochainement, bien que son jugement soit toujours susceptible d'appel. Le rédacteur en chef et propriétaire d'al Wassat a également été jugé dans la même affaire et a comparu devant le même tribunal. Il a été déclaré coupable et condamné à une amende. « Si Anissa Uthman devait maintenant être emprisonnée uniquement pour avoir critiqué pacifiquement le gouvernement, elle deviendrait une prisonnière d'opinion, a souligné Malcolm Smart. Nous demanderions alors sa libération immédiate et sans condition ». D'autres journalistes yéménites sont actuellement détenus. Hisham Bashraheel, rédacteur en chef du journal al Ayyam, a été arrêté au début du mois avec deux de ses fils. Tous trois sont toujours en détention. Amnesty International craint qu'ils ne soient torturés ou soumis à d'autres formes de mauvais traitements. Ils ont été arrêtés alors qu'ils participaient à un sit-in, le 4 janvier, au siège d'al Ayyam à Aden (sud du pays). Cette manifestation assise était organisée pour protester contre la décision prise huit mois plus tôt par les autorités d'interdire à ce journal d'imprimer et de distribuer des exemplaires. Par ailleurs, Amnesty International est de plus en plus inquiète pour la sécurité de Muhammad al Maqalih, journaliste et rédacteur en chef du site Internet du Parti socialiste yéménite (http://www.aleshteraki.net), qui n'a pas été revu depuis son enlèvement, le 17 septembre 2009, dans une rue de Sanaa. Il a été emmené par un groupe d'hommes arrivés à bord d'un minibus blanc sans plaques d'immatriculation, qui semblaient être des membres des forces de sécurité. Les autorités n'ont pas fourni de motif pour justifier son arrestation, mais il avait auparavant dénoncé les homicides de civils par l'armée à Saada. En décembre, le ministre du Renseignement a reconnu que Muhammad al Maqalih était détenu, sans donner plus de détails. Ces dernières mesures visant les médias ont été prises alors que les forces gouvernementales sont de plus en plus engagées dans les affrontements à Saada qui les opposent aux partisans armés de Hussain Badr al Din al Huthi, un dignitaire religieux de la communauté chiite zaïdite aujourd'hui décédé, et que le mouvement de protestation contre la discrimination supposée et en faveur du séparatisme se poursuit dans le sud du pays. Dans le même temps, des informations indiquant qu'un homme qui aurait tenté de faire exploser un avion près de Détroit, aux États-Unis, avait été entraîné au Yémen ont attiré l'attention de la communauté internationale sur les membres et sympathisants d'Al Qaïda et la menace terroriste. La diffamation est une infraction pénale en vertu de la Loi relative à la presse et à la publication (adoptée le 23 décembre 1990) et du Code pénal (Loi n° 12 de 1994), passible de deux ans d'emprisonnement ou d'une amende de 4 000 rials yéménites (environ 14 euros). Ce chef d'accusation est défini en termes vagues et peut facilement être utilisé pour poursuivre et emprisonner les détracteurs pacifiques du gouvernement.