Mexique : des militants se battent pour la justice

Au Mexique, les défenseurs des droits humains sont exposés à des manœuvres de harcèlement et des attaques qui menacent leur vie, tandis que le gouvernement fait très peu d’efforts pour les protéger. Voici les portraits de trois de ces militants qui, au cours de leurs activités, ont fait l’objet de menaces, d’actes d’intimidation et de détentions arbitraires. Obtilia Eugenio Manuel Fondatrice et présidente de l’Organisation du peuple indigène me’phaa (OPIM), dans l’État de Guerrero, Obtilia Eugenio Manuel milite depuis longtemps pour les droits des populations indigènes. Elle a été la cible d’un grand nombre de menaces, de manœuvres d’intimidation et de surveillances depuis 1998, lorsque les communautés me’phaa et mixtèque ont commencé à s’organiser. La campagne d’intimidation menée contre elle et les risques qu’elle encourt se sont aggravés ces dernières années, au point qu’Obtilia et sa famille ont dû partir s’installer dans une autre communauté que la leur. Ainsi, en mars 2009, juste après une cérémonie d’hommage au défenseur des droits humains Raúl Lucas Lucía, tué le mois précédent, Obtilia a reçu trois SMS contenant des menaces de mort sur son téléphone portable. En janvier 2009, elle a été suivie à maintes reprises. En une occasion, elle a reconnu l’un des hommes qui la suivaient. Elle avait signalé aux autorités plusieurs faits précédents impliquant le même homme mais celles-ci lui avaient demandé d’apporter plus d’éléments avant d’ouvrir une enquête. Une fois, cet homme s’est penché hors de sa voiture et a crié : « Tu te crois si courageuse ?Tu penses être une vraie femme ? Espérons que tu iras aussi en prison […]. Si tu ne vas pas en prison, on te tuera. » Aucune des menaces et intimidations qu’elle a subies n’a fait l’objet d’une enquête. Obtilia, trente-deux ans, et son compagnon ont deux filles, âgées de huit et six ans, et un fils de quatre ans. Jesús Emiliano Jesús Emiliano est l’un des membres dirigeants du Front démocratique paysan (FDC) de l’État de Chihuahua (nord du Mexique), une organisation qui milite pour les droits économiques des agriculteurs pauvres. En 2007, les autorités fédérales l’ont détenu arbitrairement sur la base de fausses accusations en raison de ses activités de défense des droits humains et pour l’empêcher de les poursuivre. Amnesty International a constaté des violations similaires à l’encontre de nombreux autres militants des droits humains. Jesús a été arrêté arbitrairement dans la ville de Chihuahua le 9 mars 2007 et inculpé de sabotage, une infraction pénale fédérale. Il a été libéré sans condition cinq jours plus tard, après la prononciation d’un non-lieu par un juge fédéral pour manque de preuves. Le Bureau du procureur général de la République a requis sa détention en affirmant que les charges retenues contre lui étaient liées à une manifestation en 2005 sur une route fédérale. Toutefois, lorsque son avocat a pu consulter le dossier, il a découvert qu’elles étaient en fait liées à sa participation à une autre manifestation, visant cette fois à obtenir des aides pour les petits paysans pauvres, qui a eu lieu le 20 février 2007 devant les locaux du ministère fédéral de l’Agriculture. Ces irrégularités ont été reconnues par le juge qui a prononcé un non-lieu, mais aucune action n’a été engagée contre les autorités fédérales pour arrestation illégale. Jesús, quarante-deux ans, est marié et père de six enfants, qui ont respectivement vingt-trois ans, vingt et un ans, vingt ans, dix-huit ans, deux ans et trois mois. Alejandro Solalinde « Je ne serai plus jamais l’homme que j’étais avant de me lancer dans la défense des droits des migrants. Ma famille sait que les risques pour ma sécurité sont élevés et les accepte comme moi. » Le père Alejandro Solalinde est coordonnateur du Centre pastoral d’aide aux migrants dans le sud-ouest du Mexique et directeur d’un foyer pour migrants à Ixtepec (État d’Oaxaca). Depuis 2005, il consacre sa vie à offrir aux migrants un lieu d’accueil sûr, à l’écart des bandes criminelles qui les exploitent et les maltraitent. Il a voyagé sur le réseau de trains de marchandises emprunté par les migrants qui se rendent vers la frontière nord du Mexique, expliquant que faire ce trajet lui-même était le seul moyen de prendre conscience des horreurs auxquelles ils sont confrontés. Le 26 février 2007, il a créé le refuge pour migrants d’Ixtepec près des voies ferrées utilisées pour parcourir l’Amérique centrale. Plus de 400 migrants y ont dormi la première nuit et l’afflux de personnes est constant depuis. En raison de son travail, Alejandro Solalinde est sans cesse soumis à des menaces et des manœuvres d’intimidation par des bandes et des fonctionnaires locaux. En décembre dernier, il a été averti qu’un groupe de criminels sévissant dans les États de Veracruz et d’Oaxaca prévoyait de le tuer. Copyrights photos : Obtilia Eugenio Manuel (CDHM Tlachinollan AC) ; Jesús Emiliano (DR) ; Father Alejandro Solalinde (Amnesty International/Ricardo Ramírez Arriola)