Irak. Plus de 900 condamnés à mort risquent une exécution imminente

Les autorités irakiennes doivent immédiatement empêcher les exécutions de plus de 900 personnes condamnées à mort qui ont épuisé leurs voies de recours et risquent d’être exécutées d’un moment à l’autre, a déclaré Amnesty International.

Ces prisonniers, parmi lesquels figurent 17 femmes, auraient vu leurs condamnations à mort ratifiées par le Collège présidentiel. Cette ratification constitue la dernière étape avant qu’une exécution puisse avoir lieu.

À la connaissance d’Amnesty International, au moins 120 personnes ont été exécutées en Irak depuis le début de l’année.

« Dans un pays qui présente déjà l’un des taux d’exécutions les plus élevés au monde, l’idée que ce chiffre puisse nettement augmenter est particulièrement inquiétante », a noté Philip Luther, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

Parmi les prisonniers qui risquent d’être exécutés, beaucoup ont été reconnus coupables d’infractions telles que le meurtre et le kidnapping. Certains ont vraisemblablement été condamnés à l’issue de procès iniques.

Des responsables politiques de l’opposition ont déclaré craindre que les autorités ne procèdent à ces exécutions afin de permettre à Al Daawa, le parti au pouvoir, d’obtenir un avantage politique à l’approche des élections. Ils ont appelé le gouvernement à suspendre temporairement toutes les exécutions.

L’une des femmes risquant d’être exécutées est Samar Saad Abdullah, qui a été condamnée à la peine capitale le 15 août 2005 pour les meurtres de son oncle, de l’épouse de celui-ci et de l’un de leurs enfants, commis à Bagdad.

D’après certaines sources, elle aurait accusé son fiancé de ces homicides, qu’il aurait perpétrés, selon elle, dans l’intention de dépouiller son oncle.

Lors de son procès, elle a indiqué que, après son arrestation, elle avait été détenue dans un poste de police de Hay al Khadhra, à Bagdad, où on l’avait torturée, notamment en la frappant avec un câble et en la soumettant à la falaqa (coups assenés sur la plante des pieds) et à des décharges électriques, dans le but de lui arracher des « aveux ».

Le juge n’a ordonné aucune enquête à la suite de ces allégations et l’a condamnée à mort.

Son père, Saad Abdel Majid Abd al Karim, a indiqué à Amnesty International que le procès n’avait même pas duré deux jours, qu’il n’avait pas été autorisé à accéder à la salle d’audience et que le juge avait ordonné à Amal Abdel Amir al Zubaidi, l’un des avocats de sa fille, de quitter le tribunal.

La condamnation à mort de Samar Saad Abdullah a été confirmée par la Cour de cassation le 26 février 2007.

Depuis le rétablissement de la peine capitale en Irak, en août 2004, au moins un millier de personnes ont été condamnées à ce châtiment et de très nombreuses exécutions ont eu lieu. Il n’existe aucune donnée officielle concernant le nombre de prisonniers risquant d’être exécutés.

Lorsque toutes les voies de recours sont épuisées, les condamnations à mort sont soumises pour ratification au Collège présidentiel, composé du président et de ses deux vice-présidents, avant d’être appliquées.

Le président, Jalal Talabani, est opposé à la peine capitale et délègue ses pouvoirs de ratification à ses deux vice-présidents, qui ne se prononcent pas contre le recours à ce châtiment.

Amnesty International a engagé à plusieurs reprises les autorités irakiennes à instaurer sans délai un moratoire sur les exécutions.

« Le gouvernement irakien doit tenir compte des demandes internationales en faveur de l’arrêt des exécutions », a souligné Philip Luther.