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Un militant étudiant détenu en Tunisie risque la torture

Un militant étudiant tunisien détenu au secret depuis son arrestation le 22 octobre risque d'être torturé ou soumis à d'autres formes de mauvais traitements, a déclaré Amnesty International. Mohammed Soudani a été arrêté le jour même où il s'était entretenu avec deux journalistes radio français qui couvraient les élections présidentielles et législatives du 25 octobre. Amnesty International a indiqué qu'elle pensait que ceux-ci interviewaient Mohammed Soudani parce qu'il est un membre actif de l'Union générale des étudiants de Tunisie (UGET), un syndicat étudiant. Sa famille et son avocat n'ont pu obtenir aucune information à son sujet depuis sa disparition. On pense qu'il est détenu dans les locaux de la Direction de la sûreté de l'État du ministère de l'Intérieur, à Tunis, où les actes de torture sont monnaie courante. Le soir où il a été arrêté, Mohammed Soudani a téléphoné à ses avocats et amis en leur disant que de nombreux agents des forces de sécurité se trouvaient devant l'Africa Hotel, dans la capitale tunisienne, où il avait rencontré les journalistes. Il leur a déclaré que s'ils n'avaient pas de nouvelles de lui après 22 heures, cela signifierait probablement qu'il a été arrêté. Depuis, son téléphone portable demeure éteint. Le 23 octobre, ne trouvant aucune information sur le lieu de détention de son client, l'avocat de Mohammed Soudani a déposé auprès du procureur de Tunis une plainte concernant sa disparition forcée. Sa famille n'a pas été informée de son arrestation ni de son lieu de détention, comme l'exige pourtant le droit tunisien, et son père n'a pas pu obtenir d'informations à son sujet auprès de la police de Mahdia, une ville située à 200 kilomètres au sud de Tunis, où Mohammed Soudani habite. Mohammed Soudani a été renvoyé de l'université en 2007 en raison de ses activités au sein de l'UGET. Lors d'une entrevue en octobre 2009, il a indiqué à Amnesty International qu'il avait déjà été arrêté le 29 juin 2007 et détenu pendant douze jours – période au cours de laquelle il disait avoir été torturé –, puis condamné à six mois de prison avec sursis. Il a également déclaré qu'il avait été de nouveau détenu pendant six jours en octobre 2008 et qu'on l'avait alors déshabillé et battu. Mohammed Soudani a été jugé à plusieurs reprises et a purgé une peine d'emprisonnement de deux mois. Il pense que les poursuites engagées contre lui sont liées à ses activités de militant pour l'UGET. Le 11 février 2009, lui et quatre autres étudiants ont entamé une grève de la faim qui a duré cinquante-huit jours afin de revendiquer leur droit à l'enseignement et de demander leur réintégration à l'université. Ils réclamaient également l'abandon des poursuites judiciaires engagées contre eux. Amnesty International a exhorté les autorités tunisiennes à révéler sans délai le lieu de détention de Mohammed Soudani, à lui permettre de consulter l'avocat de son choix, de recevoir la visite de ses proches et de bénéficier de tous les soins médicaux dont il pourrait avoir besoin, et à veiller à ce qu'il ne soit ni torturé, ni victime d'autres formes de mauvais traitements. L'organisation a également demandé qu'il soit libéré immédiatement et sans condition, à moins qu'il ne soit inculpé dans les plus brefs délais d'une infraction dûment reconnue par la loi.