• Nouvelles

Pérou : 30 morts lors de manifestations en Amazonie

La mort de neuf manifestants et de 24 policiers lors de manifestations de la population indigène à Bagua, en Amazonie, a été confirmée. Au moins 169 manifestants et 31 policiers ont également été blessés et au moins 79 personnes, dont des mineurs, ont été arrêtées. « La situation en Amazonie reste critique, a déclaré Nuria Garcia, spécialiste du Pérou au sein d'Amnesty International. Les autorités doivent absolument prendre des mesures pour empêcher que des violations des droits humains ne soient commises et que leurs interventions ne donnent lieu à une escalade de la violence. » Pendant plus de cinquante jours, des membres de la population indigène du département de Amazonas ont manifesté pour protester contre une série de décrets sur l'utilisation de la terre et des ressources naturelles dans la forêt amazonienne. Ces décrets s'inscrivent dans le cadre du traité de libre échange entre le Pérou et les États-Unis. Contrairement aux obligations du Pérou aux termes de la Convention 169 relative aux peuples indigènes et tribaux de l'Organisation internationale du travail (OIT), la population autochtone n'a pas été consultée sur ces textes de loi. Le 9 mai, en réaction aux manifestations, le gouvernement a décrété l'état d'urgence dans cette zone pour une période de soixante jours. Vendredi 5 juin, la police nationale a délogé par la force les manifestants indigènes qui bloquaient la route d'accès à Bagua. Amnesty International a alors reçu des informations faisant état d'une escalade de la violence prenant la forme tant d'un recours excessif à la force de la part de la police et de l'armée que de séquestrations et d'homicides d'agents des forces de l'ordre de la part de membres de la population indigène. Plusieurs dirigeants d'organisations autochtones ont été inculpés de rébellion, sédition et complot en vue de commettre des actes de rébellion et de troubler l'ordre public. Parmi eux se trouve Alberto Pizango Chota, président de l'Association interethnique de développement de la forêt péruvienne (AIDESEP). Le 6 juin, les autorités ont émis un mandat d'arrêt contre Alberto Pizango. Il serait allé se réfugier lundi 8 juin à l'ambassade du Nicaragua à Lima. « Il est essentiel que les autorités compétentes mènent sans tarder une enquête impartiale pour faire toute la lumière sur les homicides qui ont été perpétrés, et déférer à la justice les responsables de ces agissements, quelle que soit leur identité. » Amnesty International a rappelé que si les autorités avaient le droit et le devoir de faire respecter la loi et l'ordre, elles étaient tenues également d'utiliser une force modérée en se conformant en tout temps à l'obligation qu'elles ont de respecter les droits humains. « Les droits à la vie, à l'intégrité physique et à ne pas être soumis à la torture ou à d'autres formes de mauvais traitements doivent être respectés même en cas de circonstances exceptionnelles, a déclaré Nuria García. L'organisation a appelé les dirigeants des organisations autochtones à signifier clairement aux manifestants que les prises en otage et les homicides d'agents des forces de l'ordre sont inacceptables.