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Une élection présidentielle iranienne sur fond de troubles et de violations persistantes des droits humains

L'élection présidentielle du 12 juin se déroulera dans un climat de discrimination, de répression accrue de l'opposition et de troubles violents. Au cours des quelques mois ayant précédé cette dixième élection présidentielle en Iran, à laquelle les femmes souhaitant être candidates ont été empêchées de se présenter, des militants et des membres issus de minorités ont fait l'objet d'arrestations arbitraires, la censure a sévi et des attaques armées et des attentats-suicides à l'explosif se sont produits. Amnesty International se félicite que certains des candidats à l'élection se soient engagés, au cours de leur campagne respective, à se préoccuper de la question des droits des femmes et des problèmes rencontrés par les minorités ethniques et les pauvres. « Du fait de leurs efforts constants, les défenseurs des droits des femmes ont imposé au cœur des débats la question du respect de ces droits, parfois au prix de leur liberté, a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. L'ensemble des candidats doit tenir compte de leurs appels en faveur de l'égalité et faire de l'éradication de la discrimination une priorité. » Un autre sujet nécessitant une action urgente de la part du nouveau président est l'exécution de jeunes gens pour des crimes commis alors qu'ils étaient encore mineurs. « Au moins 139 mineurs délinquants se trouvent actuellement dans le quartier des condamnés à mort en Iran, a ajouté Hassiba Hadj Sahraoui. L'émotion suscitée par l'exécution de la jeune peintre Delara Darabi, les débats organisés dans le pays et les initiatives de la société civile visant à mettre fin à cette pratique odieuse doivent encourager le nouveau président à faire preuve de détermination. » Amnesty International a fait part de sa préoccupation face au processus de sélection discriminatoire des candidats à l'élection, selon lequel le Conseil des gardiens a passé en revue tous les candidats afin de « garantir leur aptitude à assumer la fonction présidentielle ». Dans une déclaration publique diffusée le 15 mai, l'organisation a exhorté le Conseil des gardiens à veiller à ce que nul ne se voie interdire de se présenter comme candidat uniquement en raison de sa race, sa couleur, son sexe, sa langue, sa religion, son origine sociale ou ses opinions politiques ou autres, et notamment à veiller à ce qu'aucune des 42 femmes qui s'étaient inscrites ne soit écartée uniquement en raison de son sexe. Seuls quatre des inscrits ont finalement été retenus et toutes les candidates ont été rejetées. Les quatre candidats encore en lice sont : Mahmoud Ahmadinejad, le président actuel ; Mehdi Karroubi, ancien président de l'Assemblée parlementaire ; Mohsen Rezai, ancien responsable des pasdaran (gardiens de la révolution) et actuel secrétaire de l'Assemblée pour la détermination des intérêts de l'État ; et Mir Hossein Mousavi, qui a endossé la fonction de Premier ministre lors de la guerre Iran-Irak, dans les années 80. Les Iraniens ont connu la censure durant cette campagne : les autorités ont bloqué l'accès des internautes à Facebook et, brièvement le 23 mai, à Twitter, des plateformes de réseaux sociaux. Certains candidats et leurs partisans opposés à l'actuel président Mahmoud Ahmadinejad avaient utilisé ces sites pour diffuser des informations dans le cadre de leur campagne. Surprises par le tollé soulevé, les autorités ont débloqué l'accès à Facebook trois jours plus tard. La campagne de Mir Hossein Mousavi – lui-même issu de la minorité azérie – a été marquée par des allégations de racisme, après qu'une vidéo rendue publique sur YouTube le 14 mai eut semble-t-il montré l'ancien président Mohammad Khatami (qui soutient M. Mousavi) faisant des déclarations rabaissant les Azéris d'Iran. Mohammad Khatami a depuis lors affirmé qu'il s'agissait d'une imposture. Les jours suivant la diffusion de la vidéo, des centaines de militants azéris ont organisé des rassemblements et des actions de protestation, exigeant que M. Khatami présente des excuses. Certains ont été arrêtés et sont actuellement maintenus au secret. Au cours de la campagne électorale, Amnesty International a également reçu des informations évoquant une multiplication des arrestations arbitraires et des actes de harcèlement, visant principalement des membres de minorités religieuses et ethniques, notamment des Baha'is et d'anciens musulmans convertis, ainsi que des étudiants, des syndicalistes et des défenseurs des droits des femmes. Soupçonné de « diffusion présumée de propagande contre le système », Emad Bahavar – membre du Mouvement pour la liberté de l'Iran, une organisation interdite –, qui faisait campagne en faveur de Mir Hossein Mosavi, a été arrêté le 27 mai. Selon certaines informations, l'arrestation d'Emad Bahavar, âgé de trente-et-un ans, a été ordonnée par le tribunal révolutionnaire. Des membres des forces de sécurité ont fouillé sa résidence et confisqué plusieurs de ses effets personnels, son ordinateur notamment. M. Bahavar aurait été remis en liberté le 2 juin. Les autres cas d'arrestation arbitraire relevés incluent celle, le 19 avril, de Mehdi Motamedi Mehr, membre du Comité de défense d'une élection libre, saine et équitable et du Mouvement pour la liberté. Avant son arrestation, il avait reçu un appel téléphonique d'un fonctionnaire du ministère du Renseignement, qui l'avait averti que si le Comité publiait une déclaration intitulée « L'institution de société civile des observateurs électoraux : une garantie pour une élection libre, saine et équitable », cela serait considéré comme une atteinte à la sécurité nationale. La déclaration a été publiée malgré cette mise en garde et il a été placé en détention. Il a été inculpé d'« agissements portant atteinte à la sécurité de l'État ». Le 29 avril, les forces de sécurité ont empêché d'autres membres du comité d'organiser une réunion dans les locaux de l'Institut juridique Raad, qui appartient à Mohammad Ali Dadkhah, éminent juriste et membre du Haut conseil de surveillance du Centre de défense des droits humains. Les autorités ont contraint ce centre, présidé par Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix, à fermer ses portes en décembre 2008 et n'ont pas autorisé sa réouverture. Au moins deux étudiants de l'université Amir Kabir sont maintenus en détention sans jugement par le ministère du Renseignement à la section 209 de la prison d'Evin (Téhéran) depuis leur arrestation en février 2009. D'autres étudiants arrêtés en même temps qu'eux et ayant été remis en liberté depuis lors ont dit avoir été torturés en détention. Le 28 avril 2009, le juge d'un tribunal révolutionnaire a déclaré que huit étudiants, dont ceux qui sont toujours incarcérés, avaient été accusés de coopération avec l'Organisation iranienne des moudjahidin du peuple, un groupe d'opposition en exil. Il a ajouté qu'ils avaient projeté de « mener des activités à l'université » pendant le prochain scrutin. Jelveh Javaheri est la seule femme d'un groupe d'une vingtaine de personnes se trouvant encore en détention après avoir été arrêtées le 1er mai 2009. Elle milite en faveur de la Campagne du million de signatures (également appelée Campagne pour l'égalité), dont le but est de recueillir des signatures en faveur d'une pétition exigeant l'égalité de droits pour les femmes. La plupart de ces personnes – dont l'époux de Jelveh Javaheri, le journaliste Kaveh Mozaffari – ont été arrêtées au parc Laleh, à Téhéran, où avait lieu une commémoration de la Journée internationale des travailleurs ; Jelveh Javaheri a quant à elle été appréhendée chez elle sans qu'un mandat d'arrêt n'ait été décerné à son encontre, lorsque des responsables de la sécurité publique se sont présentés accompagnés de son mari pour fouiller leur domicile. Elle a depuis lors été inculpée du chef d'« activités nuisant à la sécurité nationale en sa qualité de membre de la Campagne du million de signatures et ayant pour but de troubler la sécurité et l'ordre publics ». « En incarcérant certaines personnes au simple motif que celles-ci ont exprimé leur désaccord avec le pouvoir, les autorités iraniennes étouffent toute possibilité de débattre librement, alors qu'il s'agit là d'une des conditions préalables à la tenue d'élections, a déploré Hassiba Hadj Sahraoui. Il faut que les citoyens puissent librement faire état de leurs doléances et de leurs demandes, afin que les candidats puissent les examiner. » « À la veille de ce scrutin, toute personne, individuellement ou collectivement, doit être autorisée à exercer pacifiquement son droit à la liberté d'expression, d'association et de réunion, même si elle ne s'inscrit pas dans la ligne des politiques et pratiques de l'État. » Les troubles violents dont la province de Sistan-e Baloutchistan (sud-est de l'Iran) est le théâtre se sont intensifiés en amont de cette élection. Le 28 mai, un membre du Mouvement iranien de résistance des peuples, un groupe armé baloutche, a commis un attentat-suicide visant une mosquée dans la capitale provinciale de Zahedan. Près de 25 personnes auraient été tuées et des dizaines d'autres blessées. Le Mouvement iranien de résistance des peuples a déclaré qu'il s'agissait de représailles contre l'exécution de plusieurs ecclésiastiques sunnites ces dernières années. « L'attentat à la bombe visant cette mosquée témoigne d'un mépris total pour les principes du droit international humanitaire, que le Mouvement iranien de résistance des peuples s'est engagé à respecter. Nous condamnons cet acte sans réserves », a conclu Hassiba Hadj Sahraoui. Moins de quarante-huit heures après les faits, trois hommes ont été pendus en public non loin du lieu de l'attentat, certaines informations leur en attribuant la responsabilité. Selon des déclarations ultérieures, ces trois hommes se trouvaient en détention au moment de l'attaque mais avaient « avoué » avoir fourni les explosifs ayant servi lors de celle-ci. De nouveaux troubles ont éclaté par la suite, faisant environ dix morts et donnant lieu à des dizaines d'arrestations. La minorité baloutche d'Iran est victime de discriminations imposées par les autorités nationales, qui se traduisent par des violations flagrantes de ses droits économiques, sociaux et culturels. Vivant principalement dans les provinces de Sistan-e Baloutchistan et de Kerman, elle représenterait entre un et trois % de la population totale du pays (environ 70 millions d'habitants). Il s'agit pour la plupart de musulmans sunnites, tandis que la population iranienne est majoritairement chiite.