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100 jours après son entrée en fonction, le nouveau gouvernement zimbabwéen doit faire davantage pour mettre fin aux violations

Il y a 100 jours exactement, au Zimbabwe, le gouvernement d'union prenait la direction du pays. Son entrée en fonction a suscité un espoir de changement, mais les atteintes aux droits humains ciblant les militants politiques et les défenseurs des droits humains perdurent. Amnesty International exhorte le nouveau gouvernement à contrôler les agents de l'État et les représentants du gouvernement qui continuent d'ordonner des violations des droits fondamentaux et à rétablir l'état de droit. « Le précédent gouvernement s'attachait sans relâche à réduire au silence ses détracteurs – et c'est un fléau pour l'action du gouvernement d'union », a déclaré Simeon Mawanza, spécialiste du Zimbabwe à Amnesty International. Le 11 mai 2009, deux journalistes indépendants, Vincent Kahiya et Constantine Chimakure, ont été arrêtés et accusés d‘avoir publié un article qualifié de « totalement ou matériellement erroné, dans l'intention de susciter l'hostilité de la population envers la police, l'armée et l'administration pénitentiaire ». Tous deux ont été libérés sous caution le lendemain. Amnesty International pense qu'ils ont été arrêtés et détenus uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d'expression. Le 14 mai 2009, l'éminent avocat des droits humains Alec Muchadehama, qui a représenté plusieurs militants politiques et défenseurs des droits humains, a été interpellé et placé en détention par des membres de l'unité du maintien de l'ordre de la police nationale. Inculpé de « blocage ou entrave au cours de la justice », il a été libéré sous caution le 15 mai. Le responsable de l'enquête aurait confié à Alec Muchadehama, en présence de ses avocats, que la plainte déposée à son encontre émanait du bureau du procureur général. Amnesty International a fait part de ses préoccupations quant à l'absence manifeste de volonté politique d'instaurer un climat permettant aux défenseurs des droits humains et aux journalistes de faire leur travail. L'organisation a exhorté la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et l'Union africaine (UA) à œuvrer, en tant que garants de l'accord multipartite, à mettre un terme aux atteintes aux droits humains. Les manœuvres de harcèlement et d'intimidation persistantes envers les détracteurs présumés du gouvernement ont fait blocage à l'aide de la communauté internationale, indispensable à la réalisation des droits économiques et sociaux des Zimbabwéens. L'éducation de millions d'enfants zimbabwéens est en jeu, le secteur éducatif étant au bord de l'effondrement. Les enseignants ont repris le travail en février, mettant un terme à une grève qui durait depuis septembre 2008. Toutefois, l'état du système éducatif reste fragilisé par de graves problèmes : les frais de scolarité demeurent bien trop élevés pour la grande majorité des Zimbabwéens ; les écoles manquent d'équipement et de matériel d'enseignement ; la question des salaires des enseignants n'est toujours pas résolue. Dans les zones rurales, les enseignants ont également dénoncé le harcèlement et l'intimidation subis aux mains des partisans de l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), qui se sont livrés à des violences à caractère politique à l'approche des élections de juin 2008. Bien que les hôpitaux et les cliniques aient rouvert en février, ils manquent cruellement d'équipements et de médicaments. Selon les Nations unies, au mois de mai, l'épidémie de choléra a tué plus de 4 200 personnes, tandis que plus de 97 000 avaient contracté la maladie. Toutefois, le taux de mortalité avait baissé de 1,8 p. cent, diminution importante par rapport aux chiffres précédents, qui dépassaient 4 p. cent. « Pour que le gouvernement d'union puisse honorer ses obligations internationales et garantir la réalisation des droits économiques et sociaux des Zimbabwéens, il doit de toute urgence instaurer des conditions propices à renforcer la confiance des donateurs, afin qu'ils apportent une aide indispensable », a indiqué Simeon Mawanza. Par ailleurs, Amnesty International s'est déclarée préoccupée par les informations selon lesquelles des victimes de violence politique ont pris elles-mêmes les choses en main pour reprendre leurs biens mis à sac par les partisans de la ZANU-PF entre les élections de mars et de juin 2008. Les policiers n'ont guère mis de temps pour arrêter les personnes impliquées. En revanche, aucune mesure n'a été prise contre les auteurs identifiés des atteintes aux droits humains commises en 2008, en dépit des plaintes déposées par les victimes auprès des services de police. « Il est temps d'en finir avec le maintien de l'ordre partisan, a conclu Simeon Mawanza. Les besoins des victimes de violations des droits fondamentaux cautionnées par l'État doivent être pris en compte de toute urgence. Les auteurs de ces agissements doivent être tenus pour responsables et les victimes doivent bénéficier de recours utiles. »