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Des membres armés des forces de sécurité prennent d'assaut les bureaux d'un journal yéménite

Mercredi 13 mai, des membres armés des forces de sécurité ont utilisé du gaz lacrymogène et tiré à balles réelles dans les bureaux du quotidien de langue arabe al Ayyam, basé dans la ville d'Aden, au Yémen. Deux hommes, dont un agent de sécurité travaillant pour al Ayyam, ont été tués et un autre agent de sécurité a été blessé. Cette attaque a eu lieu après que les forces de sécurité eurent pris d'assaut les bureaux d'al Ayyam dans le but d'arrêter Hisham Basharheel, le rédacteur en chef du journal, pour des faits survenus en février 2008. Le 11 avril, des membres des forces de sécurité ont ordonné à Hisham Basharhail de se rendre aux autorités à Sanaa sous quarante-huit heures. Cette convocation était semble-t-il en relation avec des faits remontant à février 2008 ; des hommes armés avaient ouvert le feu sur sa résidence et des agents de sécurité avaient répondu à ces tirs. Un des agresseurs a été tué et un autre blessé. Hisham Basharheel n'a pas fait l'objet de poursuites pénales dans le cadre de cette affaire. Les personnes soupçonnées ont été inculpées et sont actuellement jugées pour cet homicide. Amnesty International craint qu'Hisham Basharheel n'ait uniquement été pris pour cible en raison de la couverture accordée par al Ayyam aux actions de protestations dans le sud du pays. « Amnesty International reconnaît que tout gouvernement a le droit de traduire en justice les responsables d'infractions prévues par la loi. Cependant, l'organisation est catégoriquement opposée aux manœuvres de harcèlement visant à réprimer la liberté de la presse », a déclaré Philip Luther, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. Par ailleurs, les rédacteurs en chef des journaux al Masdar, al Nedaa, ad Diyar et al Sharea ont été questionnés le 13 mai et inculpés d'« atteinte à l'unité nationale ». Ils ont semble-t-il été remis en liberté peu de temps après avoir été interrogés. Le gouvernement a précédemment reproché à ces publications d'exprimer des opinions favorables à la sécession dans le sud, dans le cadre de leur couverture des manifestations qui ont eu lieu en avril dans cette région du pays. Les autorités ont également saisi des milliers d'exemplaires de ces journaux. Yahya Bamahfouz, rédacteur en chef de la presse d'al Mukkla, un site Internet d'information en arabe, et Nasser Khamis ont été arrêtés il y a quelques jours à Hadramout, dans le sud-est du Yémen pour avoir écrit au sujet du Mouvement du sud. Selon certaines sources, Yahya Bamahfouz est détenu au secret par la Sécurité politique dans la ville d'al Mukkla. Le gouvernement yéménite a annoncé le 11 mai la création d'un tribunal de la presse. Amnesty International ne dispose par d'informations complètes à ce sujet, mais les défenseurs des droits humains au Yémen craignent qu'il ne s'agisse d'un tribunal d'exception créé dans le but de harceler les journalistes et de restreindre encore davantage la liberté de la presse. Amnesty International a, à plusieurs reprises, recueilli des informations sur certains motifs de préoccupation en rapport avec la liberté d'expression au Yémen, en particulier la chasse donnée par les autorités aux détracteurs de l'État, poursuivis pour « atteinte à l'unité nationale », infraction dont la définition est vague.