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Les atteintes aux droits humains éclipsent la commémoration de l'indépendance du Zimbabwe

Tandis que le Zimbabwe commémore le 29e anniversaire de son indépendance, des violations des droits humains continuent d'être commises par certains éléments au sein du nouveau gouvernement de coalition. Sont particulièrement préoccupants le maintien en détention de prisonniers politiques, la disparition forcée de défenseurs des droits humains et de militants politiques, ainsi que les restrictions imposées aux médias locaux et étrangers. Le gouvernement de coalition a fait connaître le 5 avril le plan en 100 jours qu'il s'est fixé pour rénover le pays. Le plan, qui prévoit notamment de rétablir les droits fondamentaux et d'assouplir la législation sur les médias, doit préparer l'adoption d'une nouvelle constitution d'ici 2010. À ce jour, pourtant, les violations des droits humains restent impunies. Le gouvernement ne peut ou ne veut pas rétablir l'état de droit ni faire en sorte que ceux qui font tout pour maintenir une culture de l'impunité soient tenus de rendre des comptes. Trois prisonniers politiques sont toujours détenus quatre mois après avoir été enlevés par des agents des services de sécurité de l'État. Kisimusi Dhlamini, Andrison Manyere et Gandhi Mudzingwa sont sous le coup d'inculpations de « terrorisme ». « Ces personnes font l'objet d'inculpations qui ont vraisemblablement été forgées de toutes pièces par le gouvernement précédent », a déclaré Simeon Mawanza, spécialiste du Zimbabwe à Amnesty International. « D'autres détenus libérés en mars, dont Jestina Mukoko, sont toujours sous le coup d'inculpations qui font douter de la volonté réelle du gouvernement de mettre fin aux violations des droits humains dont le gouvernement précédent se rendait systématiquement responsable contre ceux qu'il percevait comme des opposants. » Le Bureau du procureur général a saisi la Cour suprême pour obtenir l'annulation de la décision de mise en liberté sous caution dont ont bénéficié les trois prisonniers politiques. Pourtant, le président du Comité conjoint de surveillance et d'application (JOMIC), Welshman Ncube, avait assuré que l'État ne s'opposerait pas aux mises en liberté sous caution. « Ce que fait le Bureau du procureur général s'apparente à une utilisation abusive de l'article 121 de la loi relative à la procédure pénale et à l'administration de la preuve pour allonger la période de détention des prisonniers politiques, a déclaré Simeon Mawanza. L'article 121, qui donne à l'État sept jours pour interjeter appel, a été utilisé par le passé pour retarder la libération de prisonniers politiques. » Amnesty International a également reproché au gouvernement de ne pas avoir ouvert d'enquête sur les informations faisant état de disparitions forcées de militants politiques et de défenseurs des droits humains dont se seraient rendus coupables des agents de l'État entre octobre et décembre 2008. « Il est scandaleux que le nouveau gouvernement n'ait toujours pas enquêté sur plus d'une trentaine de disparitions forcées ayant eu lieu au cours des douze derniers mois, a déclaré Simeon Mawanza. Les allégations de torture et de mauvais traitements n'ont pas fait l'objet non plus d'investigations de la part des autorités. En fait, l'État semble vouloir protéger les auteurs de tels agissements. » L'organisation a également demandé au gouvernement de respecter la promesse qu'il avait faite de donner plus de liberté aux médias, en autorisant des médias locaux tels que le Daily News, qui a été interdit, et la station de radio communautaire Radio Dialogue, et en laissant les médias internationaux travailler librement au Zimbabwe. Il faut que le gouvernement de coalition montre qu'il ne fait pas des promesses vaines. Pour nombre des mesures demandées, le gouvernement ne peut invoquer le manque d'argent : elles ne coûteraient rien à mettre en œuvre. Amnesty International s'est dite très déçue par l'attitude non interventionniste de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et de l'Union africaine (UA) alors qu'il apparaît clairement que l'esprit et la lettre de l'accord sur le partage du pouvoir signé par les partis politiques ont été mis à mal par certains membres du parti du président Robert Mugabe, la ZANU-PF. « En tant que garants de cet accord, la SADC et l'UA manquent totalement au devoir qu'elles ont d'user de leur influence pour mettre fin aux atteintes aux droits humains au Zimbabwe, a déclaré Simeon Mawanza. Elles ont fermé les yeux, espérant que les problèmes se résoudraient d'eux-mêmes. Une telle attitude fait le jeu de ceux qui redoutent que le succès de ce gouvernement ne les contraigne à rendre des comptes pour les violations des droits humains commises par le passé. » Morgan Tsvangirai, chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a pris ses fonctions de Premier ministre en février 2009, après des mois de querelles sur l'accord de partage du pouvoir signé avec le président Mugabe, en septembre 2008.