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Le Soudan condamne 10 nouvelles personnes à mort

Dix hommes pourraient être exécutés à tout moment au Soudan après avoir été condamnés à la peine capitale par un tribunal d'exception le 15 avril. Ces membres présumés du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), un groupe armé d'opposition du Darfour, ont été déclarés coupables d'avoir pris part à une attaque visant le gouvernement soudanais à Khartoum le 10 mai 2008, assaut qui aurait fait plus de 220 morts. Le jugement a été prononcé deux jours après que le gouvernement soudanais eut exécuté neuf personnes, qui étaient peut-être innocentes des crimes qui leur étaient reprochés. Ces neuf hommes ont été reconnus coupables du meurtre du rédacteur en chef Mohamed Taha, commis en 2006. Leurs « aveux » ont été arrachés sous la torture. « Amnesty International trouve toujours aussi choquant que les autorités soudanaises continuent à appliquer la peine de mort au terme de procédures judiciaires manifestement inéquitables, et appelle donc le gouvernement à abolir sans plus tarder ce châtiment », a déclaré Piers Bannister, de l'équipe Peine de mort d'Amnesty International. Des experts des droits humains des Nations unies auraient condamné les exécutions, contestant la validité des « aveux » faits par ces hommes, sur lesquels ces derniers sont plus tard revenus. Le Groupe de travail sur la détention arbitraire, mandaté par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies pour enquêter sur les allégations de détention arbitraire, a rendu en novembre 2008 un avis juridique dans lequel il posait des questions graves concernant l'équité de ce procès. Les peines prononcées le 15 avril portent à plus de 60 le nombre de membres de groupes armés condamnés à mort. Si la Cour d'appel confirme ce jugement, il est possible que ces hommes soient immédiatement mis à mort, une fois les ordres d'exécution signés par le président el Béchir. Ces sentences ont été prononcées en dépit d'un accord de bonne volonté conclu entre le MJE et le gouvernement soudanais à Doha en février, à la suite duquel des détenus appartenant au MJE ont été remis en liberté. La Cour pénale internationale (CPI) a décerné le 4 mars un mandat d'arrêt contre le président Omar el Béchir pour crimes de guerre. Le MJE a menacé d'arrêter le président et de le livrer à la CPI. Le président semble désormais tirer parti du climat résultant de la délivrance du mandat d'arrêt pour prononcer de nouvelles condamnations à mort. « Le Soudan connaît actuellement des flambées de violence et le gouvernement ne devrait pas ajouter à ce problème en faisant valider des homicides par l'État via l'appareil judiciaire, a ajouté Piers Bannister. Amnesty International est opposée en toutes circonstances à la peine de mort, qui constitue le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit, ainsi qu'une violation du droit à la vie. » Avec cette attaque à Khartoum, le conflit au Darfour s'étendait à la capitale du pays pour la première fois. Depuis les débuts du conflit en 2003, plus de 300 000 personnes ont été tuées, des milliers violées et des millions déplacées de force. Dans les semaines qui ont suivi l'attaque portée par le MJE à Khartoum, des centaines de personnes ont été arrêtées par la police et les forces de sécurité soudanaises. Au cours des mois qui ont suivi, Amnesty International a reçu des informations faisant état d'exécutions extrajudiciaires, d'arrestations arbitraires et de détentions au secret, ainsi que de la généralisation de la torture et d'autres types de mauvais traitements en détention. De nombreuses personnes arrêtées à la suite de l'attaque ont « disparu ». Des juridictions chargées des affaires antiterroristes ont été mises en place le 29 mai 2008 pour juger les personnes accusées d'être impliquées dans cet assaut. Entre juillet et août 2008, 50 membres présumés du MJE ont été condamnés à mort à l'issue de procès ne respectant pas les normes internationales d'équité en la matière.