Les organisateurs d’une exposition d’art en Russie accusés d’incitation à la haine

Deux Russes sont passibles de cinq années d’emprisonnement pour incitation à la haine ou à l’hostilité et dénigrement de la dignité humaine, après avoir organisé une exposition d’art contemporain à Moscou.

Youri Samodourov et Andreï Erofeev sont à l’origine de l’exposition Art interdit en 2006, organisée en mars 2007 au musée Sakharov.

Le tribunal municipal de Moscou examinera ce 27 avril les recours formés par les deux hommes. Ceux-ci sauront alors si la procédure en cours se poursuit ou si l’affaire est renvoyée devant le parquet pour supplément d’information. L’audience visera également à déterminer si le parquet doit se pencher sur la question des violations de procédures. Tous les précédents recours déposés par les avocats de la défense ont été rejetés par la justice.

Quand les poursuites ont été engagées contre les deux hommes, en mai 2008, Youri Samodourov était le directeur du centre Sakharov à Moscou, et Andreï Erofeev le responsable du département d’art contemporain de la galerie d’État Tretiakov à Moscou ainsi que le commissaire de l’exposition.

L’exposition rassemblait un certain nombre d’œuvres qui avaient été refusées dans diverses expositions en 2006. Plusieurs de ces œuvres avaient cependant déjà été montrées dans d’autres expositions d’art contemporain en Russie et dans le monde. Il s’agissait notamment de travaux d’artistes contemporains russes parmi les plus connus, tels qu’Ilya Kabakov, Alexandre Kossolapov, Alexandre Savko et Mikhaïl Roginski,

La date de production de ces œuvres va de l’ère soviétique au XXIe siècle. Plusieurs d’entre elles reprennent des motifs religieux tels que des icônes ou des peintures de scènes religieuses, d’autres font appel à un langage non normatif.

Quand le procureur de Taganski a engagé des poursuites contre les deux hommes, il a estimé que l’exposition « témoign[ait] de manière tangible d’une attitude dégradante et insultante vis-à-vis de la religion chrétienne et, plus spécifiquement, de l’Église orthodoxe ».

Youri Samodourov a déclaré : « Le monde moderne ne peut exister sans l’art moderne. Et le langage de l’art moderne est aussi important que le langage des actualités quotidiennes. Pour moi, ces deux langages culturels sont sur un pied d’égalité : le langage des actualités sert à la protection des droits et des libertés et celui de l’art moderne à la protection de la liberté spirituelle de l’être humain. »

La Russie est un pays laïc dans lequel, aux termes du droit, chacun dispose de la liberté d’observer une religion ou d’être athée, et où chacun peut librement choisir d’avoir des convictions religieuses ou athées et les diffuser.

Le droit international relatif aux droits humains ne permet pas, et requiert encore moins, de restreindre ou d’interdire la liberté d’expression au seul motif que certaines personnes se sentent offensées par les opinions exprimées. Il n’autorise pas non plus à restreindre l’expression d’opinions ou de convictions s’écartant de la foi religieuse de la majorité de la population ou de la religion prescrite par l’État.

Amnesty International a demandé aux autorités russes de respecter le droit à la liberté d’expression et d’abandonner les poursuites pénales engagées contre Youri Samodourov et Andreï Erofeev.