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Les femmes prises au piège de la violence en Irak

Rand Abd al Qader, dix-sept ans, a été tuée le 16 mars 2008 à Bassora. Elle a été assassinée par son père, avec l'aide, semble-t-il, de deux de ses frères, parce qu'elle s'était liée d'amitié avec un militaire britannique basé dans la ville. Abdel Qader Ali, qui reconnaît avoir tué sa fille, a été interrogé au poste de police local. Il a déclaré à un journal britannique que les policiers avaient compris ses motivations et l'avaient libéré au bout de deux heures d'interrogatoire. Il n'a toujours pas été inculpé et jugé. Leila Hussein, la mère de Rand Abd al Qader, a dénoncé le meurtre commis par son mari et a quitté ce dernier, bien qu'une telle démarche l'ait obligée à se cacher. Elle a pu le faire grâce au soutien d'une organisation locale de défense des droits des femmes. Le 17 mai 2008, elle a été tuée par balle à Bassora, en pleine rue, et les deux femmes qui l'accompagnaient ont été blessées. Les autorités n'ont pas identifié les auteurs de ce crime. Ces deux affaires illustrent la situation des femmes en Irak, notamment dans la région autonome du Kurdistan irakien. Les femmes se trouvent confrontées à une discrimination et à une violence systématiques, et sont particulièrement visées en raison de leur genre. Elles sont agressées dans la rue par des hommes appartenant à divers courants politiques, qui souhaitent tous imposer le voile, la ségrégation et la discrimination liées au genre. Des groupes islamistes armés ont revendiqué, et tenté de justifier, de violentes attaques contre des femmes dont le comportement ne respectait pas leur conception de la condition féminine. Par ailleurs, comme dans beaucoup d'autres pays, les femmes sont également victimes d'actes de violence commis par leur père, leurs frères ou d'autres membres de leur famille, en particulier si elles essaient de choisir leur mode de vie. Tuer en toute impunité Abdel Qader Ali fait partie de ces nombreux hommes qui commettent des crimes violents contre des femmes en Irak mais ne sont jamais traduits en justice car les autorités sont peu disposées à diligenter des enquêtes en bonne et due forme et à punir les auteurs de tels actes. Six ans après le renversement de l'ancien président Saddam Hussein, les parlementaires irakiens doivent encore modifier une législation qui, de fait, tolère voire facilite la violence contre les femmes et les filles. Ainsi, le Code pénal prévoit qu'une personne reconnue coupable d'homicide qui plaide les circonstances atténuantes en indiquant qu'elle a tué pour des « motifs honorables » peut être simplement condamnée à six mois de prison. Il permet en outre aux maris d'avoir recours à la violence contre leurs épouses. L'« exercice d'un droit légal » à une exemption de responsabilité pénale est autorisé lorsqu' « un homme châtie sa femme, ou des parents ou des enseignants châtient les enfants se trouvant sous leur autorité, dans les limites prescrites par le droit musulman (charia), la loi ou la coutume. » Il est donc fréquent que la police n'arrête pas les hommes accusés d'actes de violence contre des femmes de leur famille et, dans les rares affaires où des poursuites sont engagées, les juges peuvent prononcer des peines légères, même en cas d'homicide. Pour toutes les femmes d'Irak, le message est terrifiant : elles savent qu'elles peuvent être battues et tuées en toute impunité. Au Kurdistan irakien, cependant, le gouvernement régional a pris quelques mesures positives ces dernières années. La Loi n° 14 de 2002 a modifié le Code pénal irakien en supprimant les dispositions liées aux « motifs honorables » pour les affaires de crimes contre des femmes relevant de la compétence du gouvernement régional du Kurdistan, et des unités spéciales chargées de combattre la violence contre les femmes ont été crées au sein de la police. Des mesures concrètes doivent être prises Amnesty International a déclaré que les autorités irakiennes devaient modifier toutes les lois qui sont discriminatoires à l'égard des femmes et, dans le cas de l'Irak, qui permettent de bénéficier de circonstances atténuantes, dans les affaires de crimes violents contre des femmes, lorsque des questions d'« honneur » sont invoquées ; mettre en place des mécanismes destinés à établir les responsabilités avec des enquêtes rapides et approfondies sur les violences criminelles commises contre des femmes ; et traduire les auteurs présumés en justice.