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Les troubles continuent au Tibet tandis que les violations des droits humains se multiplient

Le 17 mars marque le 50e anniversaire de l’échec du soulèvement tibétain en 1959, qui avait mené à la fuite du dirigeant tibétain, le dalaï-lama, en Inde. Les commémorations de l’an dernier ont été accompagnées d’une vague d’actions de protestation en grande partie pacifiques dans la région autonome du Tibet, ainsi que dans les zones habitées par des Tibétains dans les provinces avoisinantes. Ces manifestations ont été suivies d'arrestations arbitraires et d’autres violations des droits humains, comme des placements en détention prolongée, des actes de torture et d’autres types de mauvais traitements. Le refus des autorités chinoises de prendre en considération les griefs exprimés de longue date par le peuple tibétain, en particulier concernant les inégalités à l’embauche et à l'école, mais aussi l'incarcération de dizaines de Tibétains et l'intensification de l'« éducation patriotique » alimentent la protestation depuis douze mois. Des organisations tibétaines basées hors de Chine ont enregistré entre 130 et 200 manifestations différentes depuis mars 2008. Moines et religieuses, profanes et nomades ont pris part aux manifestations populaires dans les zones habitées par des Tibétains. Les informations faisant état de mouvements de protestation tibétains vont de pair avec celles évoquant un durcissement des mesures de sécurité et la volonté exprimée par les autorités d'« étouffer » toute manifestation de soutien au dalaï-lama, en particulier ces dernières semaines. Malgré cela, les manifestations populaires tibétaines se sont poursuivies dans toute la région. Des observateurs ont interprété comme des actes de provocation le durcissement des mesures de sécurité, à l’instar de l’expulsion de moines et de religieuses hors de monastères, et le renforcement de la présence de la Police armée du peuple (PAP). La « campagne unifiée de vérification "Frapper fort" » a été lancée à Lhassa le 18 janvier. Cette campagne vise à « faire respecter avec la vigueur requise l’ordre public et la stabilité dans la ville », en prenant en particulier pour cibles les habitants n'ayant pas le statut de résident permanent de Lhassa. D’après le Lhasa Evening News, au cours des trois premiers jours de mise en œuvre de la campagne, la police avait « soumis à un contrôle rigoureux » près de 6 000 personnes dans des immeubles résidentiels, des logements de location, des hôtels, des pensions de famille, des cybercafés et des bars. À la date du 24 janvier, la police avait ainsi arrêté 81 suspects. Deux d’entre eux ont été appréhendés parce que « leur téléphone portable contenait des opinions et des chansons réactionnaires ». Le 27 février 2009, des membres de la PAP auraient tiré sur un moine tibétain âgé de vingt-quatre ans qui s’était immolé par le feu. Le jeune homme brandissait un drapeau tibétain fait main, orné d’une image du dalaï-lama. Cet épisode est survenu dans le canton de Ngaba (Aba), dans la préfecture autonome tibétaine de Ngaba (province du Sichuan), après que les autorités locales eurent dispersé un groupe de plusieurs centaines de moines qui s’étaient réunis pour prendre part à une cérémonie de prière. L’agence de presse officielle Xinhua (Chine nouvelle), a confirmé qu’une action de protestation avait eu lieu et qu’un moine avait été hospitalisé pour des brûlures. Les autorités chinoises ont plus tard nié la fusillade. Ce blocage persistant au Tibet rend difficile toute vérification indépendante des informations en provenance de cette région et fait craindre que celles faisant état de violations des droits humains qui parviennent au reste du monde ne représentent qu’une infime partie de la réalité. Les journalistes étrangers ont par le passé dû obtenir un permis spécial pour se rendre dans la région autonome du Tibet. Cependant, au lendemain des troubles du printemps 2008, ils ont été autorisés à se rendre sur place mais uniquement dans le cadre de circuits collectifs organisés par le gouvernement. Amnesty International a demandé aux autorités chinoises de laisser les spécialistes des droits humains des Nations unies et d’autres observateurs indépendants se rendre dans la région, afin qu’ils puissent enquêter sur la situation des droits humains dans la région autonome du Tibet et dans les zones où vivent des Tibétains dans les provinces voisines. Arguant que le moment était « mal choisi », les autorités chinoises ont rejeté les requêtes émanant de spécialistes des droits humains des Nations unies souhaitant se rendre au Tibet. En mars, elles ont diffusé un livre blanc sur les « cinquante années de réforme démocratique au Tibet », dans lequel elles accusent des « forces occidentales opposées à la Chine » de former « les partisans du dalaï-lama » et de soutenir les « forces séparatistes » dans le but de provoquer la partition de la Chine et de freiner son action. Ces propos illustrent la tendance alarmante des autorités chinoises à se replier sur elles-mêmes et à présenter les actions de protestation comme des faits criminels isolés ; ils montrent par ailleurs leur incapacité à reconnaître l'ampleur et la force du mécontentement qu'éprouve la population tibétaine dans toute la région. Les autorités chinoises ont affirmé qu’au cours des manifestations de 2008, 21 personnes ont été tuées par des émeutiers, tandis que les sources tibétaines soutiennent que plus de 100 Tibétains ont été tués. D’après la commission exécutive du Congrès américain sur la Chine, plus de 1 000 personnes arrêtées pour avoir manifesté en mars 2008 restent introuvables. Les témoignages des personnes libérées font état de conditions carcérales déplorables : coups, privation de traitements médicaux et approvisionnement inadéquat en eau et en nourriture, entre autres. Des rapports officiels indiquent que 76 personnes ont été condamnées pour des infractions en relation avec les troubles du printemps 2008. Les châtiments prononcés allaient de peines fixes de trois ans d’emprisonnement à la réclusion à perpétuité. La plupart ont été reconnues coupables d’incendies criminels, de pillages, d’avoir cherché querelle et provoqué des troubles, de s’être réunies en très grand nombre dans le but de prendre d'assaut des organes gouvernementaux, d'avoir perturbé les services publics ou de vol. Amnesty International a recueilli des éléments prouvant que les procès sont systématiquement iniques, montrant notamment que les autorités chinoises ne font pas de distinction entre les personnes participant à des actions de protestation pacifiques et celles qui commettent des actes de délinquance. Amnesty International a engagé les autorités chinoises à rendre des comptes concernant toutes les personnes qui ont été tuées, blessées ou manquent à l’appel, ainsi que sur toutes les personnes arrêtées au Tibet, en rendant publics leur nom, le lieu où elles sont détenues ainsi que toute charge retenue contre elles. L’organisation demande également : qu’une enquête impartiale soit menée sans délai sur les actes de torture et autres types de mauvais traitements qu’auraient subis des détenus tibétains, afin que les responsables présumés puissent être déférés à la justice ; qu’une enquête impartiale soit ouverte sans attendre sur la mort en détention de personnes se trouvant sous la responsabilité des autorités au cours de l'année écoulée ; ainsi que la libération immédiate et sans conditions de toutes les personnes arrêtées uniquement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion.