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Des journaux malaisiens d'opposition voient leurs activités suspendues du fait de la politique répressive du gouvernement

Deux journaux dirigés par des partis malaisiens d'opposition ont été suspendus par le ministère de l'Intérieur pour une durée de trois mois à compter du 23 mars. Ces mesures semblent s'inscrire dans la politique de répression menée par le gouvernement contre un ensemble de personnes perçues comme des opposants, allant de blogueurs à des personnes participant à des rassemblements politiques, en passant par des députés de l'opposition. Ces journaux, Harakah, lié au Parti islamique pan-malaisien, et Suara Keadilan, affilié au Parti de la justice nationale, ont tous deux vu leur permis suspendu au titre de la Loi de 1984 relative à la presse et aux publications. Ces suspensions sont survenues la veille de l'ouverture de l'assemblée générale annuelle d'un des partis au pouvoir, l'Organisation d'union nationale malaise (UMNO). Au cours de cette conférence, Najib Tun Razak, vice-Premier ministre, devrait être élu président de l'UMNO, en amont de sa nomination au poste de Premier ministre, prévue pour la semaine du 30 avril. L'UNMO a refusé à plusieurs journalistes, représentant au moins six publications, l'accréditation requise pour couvrir le rassemblement. La décision du gouvernement malaisien de suspendre les deux journaux a pour conséquence de réduire au silence les 37 p. cent de Malaisiens ayant voté pour l'opposition au cours des élections générales de 2008. Amnesty International a appelé le gouvernement malaisien et en particulier, le futur Premier ministre, Najib Tun Razak à ne pas sanctionner la liberté d'expression. Toujours le 23 mars, la police a aspergé sans sommation l'assistance, et notamment des enfants, de gaz lacrymogène et d'eau additionnée de produits chimiques lors d'un rassemblement à Bukit Selambau, dans l'État de Kedah (nord du pays). Ces personnes étaient venues écouter Anwar Ibrahim, un des dirigeants de l'opposition, s'exprimer en amont de l'élection partielle devant se tenir dans ce secteur. Environ 31 personnes auraient été arrêtées, mais toutes ont été relâchées le lendemain. Au mois de mars, huit personnes ont été inculpées pour avoir critiqué le sultan de Perak sur Internet. Fuad Ariff Abdul Rashid, homme d'affaires, et son épouse Fatimah Maisurah Abdullah, avocate, ont été inculpés le 16 mars de deux infractions en relation avec la publication en ligne de commentaires critiques à l'égard du sultan malaisien sur le site Internet officiel du dirigeant. Cette inculpation fait suite à un coup de filet national lancé contre des blogueurs le 13 mars, à l'issue duquel des charges similaires ont été retenues contre six personnes. Tous ont été inculpés en vertu de la Loi sur les communications et le multimédia. Parallèlement, Karpal Singh, député de l'opposition et avocat, a été inculpé de sédition pour avoir menacé d'intenter un procès à ce même sultan au sujet de la crise politique que connaît l'État de Perak. Karpal Singh avait déclaré que le sultan avait enfreint la constitution de cet État lorsqu'il a exigé la démission du Premier ministre de l'État. Accusés de représenter une menace à la sécurité, à la paix et à l'ordre public, Raja Petra Kamaruddin, un blogueur influent, Teresa Kok, responsable d'un parti d'opposition, et Tan Hoong Cheng, journaliste, ont été arrêtés en septembre 2008 au titre de la Loi relative à la sécurité intérieure. Teresa Kok et Tan Hoong Cheng ont été relâchés peu après. Raja Petra Kamaruddin quant à lui a été remis en liberté en novembre après que la justice eut fait droit à une requête visant à contester la légalité de sa détention, décision contre laquelle le gouvernement a formé un recours.