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La liberté d'expression de plus en plus menacée en Afghanistan

Des menaces croissantes pèsent sur la liberté d'expression en Afghanistan, les journalistes et autres professionnels des médias étant désormais la cible de violences et d'actes d'intimidation imputés aussi bien au gouvernement qu'aux forces hostiles à celui-ci. Le journaliste Jawed « Jojo » Ahmed a été abattu mardi 10 mars alors qu'il roulait en voiture dans la ville de Kandahar, dans le sud du pays. Cet homme, qui était un collaborateur très régulier de médias internationaux, avait été maintenu en détention par les forces américaines à la base aérienne de Bagram pendant un peu moins d'un an, à compter d'octobre 2007. Le président Hamid Karzaï a qualifié de « barbare » le meurtre de Jawed Ahmed et l'a attribué aux talibans, puis a ajouté que cela ne « saurait compromettre les avancées réalisées en matière de démocratie et de liberté de la presse en Afghanistan ». Le porte-parole des talibans a nié toute implication du groupe dans cette affaire. Personne d'autre n'a revendiqué l'assassinat. « Il faut que le gouvernement afghan montre qu'il peut et doit protéger et soutenir les journalistes, en particulier alors que des élections présidentielle et législatives doivent avoir lieu ces prochains mois, a déclaré Sam Zarifi, directeur du programme Asie-Pacifique d'Amnesty International. Le meurtre de Jawed Ahmed survient un mois après que la Cour suprême ait confirmé, à l'issue d'une audience secrète, la condamnation à vingt ans de prison prononcée contre l'étudiant et journaliste Perwiz Kambakhsh pour blasphème. Mohammad Afzal Nooristani, l'avocat de Perwiz Kambakhsh, a dit à Amnesty International qu'il avait appris par hasard que la Cour suprême avait déjà statué sur ce cas, quand il s'est rendu sur place le samedi 7 mars pour soumettre sa plaidoirie écrite. Un responsable a refusé de le laisser entrer dans la salle d'audiences ou de s'adresser aux juges. On lui a dit que l'affaire était close et que le jugement rendu par la Cour d'appel le 21 octobre 2008 avait été confirmé. Perwiz Kambakhsh a été condamné à mort pour blasphème en janvier 2008. Il a été déclaré coupable d'avoir téléchargé sur Internet des documents remettant en cause la condition des femmes dans l'islam, d'y avoir ajouté des commentaires et de les avoir distribués à l'université de Balkh. Il dément toutes ces accusations et affirme que des « aveux » lui ont été arrachés sous la contrainte. La condamnation à la peine capitale a été annulée le 21 octobre 2008 par une juridiction d'appel à Kaboul, et remplacée par une peine de vingt ans de prison. L'affaire a ensuite été renvoyée devant la Cour suprême. « Si le président Karzaï a à cœur de défendre la libre expression en Afghanistan, il doit gracier Perwiz Kambakhsh sans attendre et sans condition, a ajouté Sam Zarifi. Le gouvernement afghan doit faire la preuve de sa détermination à faire respecter le maintien de l'ordre et à étendre l'état de droit, en lançant des poursuites contre des personnes ayant à répondre d'accusations crédibles de graves atteintes aux droits humains et engagées dans des entreprises criminelles, même s'il s'agit de hauts responsables gouvernementaux. » « Le respect des droits humains et la nécessité de mettre fin aux politiques répressives des talibans sont souvent les raisons invoquées pour justifier l'intervention internationale. Les gouvernements étrangers fournissant une assistance militaire et humanitaire à l'Afghanistan doivent donc aider à faire en sorte que les droits fondamentaux des Afghans soient respectés », a conclu Sam Zarifi.