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Un célèbre commandant khmer rouge face à ses juges au Cambodge

Un des pires tueurs présumés du Cambodge encore vivants comparaît enfin pour des crimes commis lorsqu'il était commandant des Khmers rouges il y a trente ans. Kaing Guek Eav, alias Douch, est accusé de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, ainsi que de meurtres et d'actes de torture. Ce sera le premier procès des « Chambres extraordinaires » instituées pour juger les personnes ayant eu la plus grande part de responsabilité dans les massacres et autres atrocités qui ont eu lieu au Cambodge dans les années 1970 lorsque les Khmers rouges étaient au pouvoir. La salle d'audiences pleine à craquer témoignait de l'importance de ce procès. Des victimes, des étudiants, des membres d'ONG, dont Amnesty International, et les médias, présents en force, s'étaient rassemblés à l'occasion de la journée d'ouverture des débats de fond, au cours de laquelle des greffiers ont lu l'acte d'accusation, long de 45 pages, dressant la liste des crimes effroyables imputés à Douch. Amnesty International a exhorté les Chambres extraordinaires à tirer parti de ce cas historique afin de traduire en justice davantage de Khmers Rouges soupçonnés de crimes de guerre. « Amnesty International se félicite de l'ouverture du premier procès devant les Chambres extraordinaires. Le peuple cambodgien va enfin voir l'un des plus célèbres dirigeants Khmers rouges comparaître en justice. Mais de nombreux autres doivent être jugés pour que justice soit véritablement rendue aux millions de victimes de ces crimes horribles », a déclaré Brittis Edman, responsable de recherches sur le Cambodge à Amnesty International. Seuls quatre autres suspects actuellement détenus – tous membres importants du gouvernement khmer rouge – doivent comparaître devant les Chambres extraordinaires. Toutefois, les charges pesant contre eux ne concernent pas, pour la plupart, des crimes relevant de la compétence des Chambres extraordinaires. « Les Chambres extraordinaires doivent de toute urgence élargir leur stratégie de poursuites pour mener davantage d'enquêtes et engager de nouvelles poursuites contre des personnes avant qu'il ne soit trop tard, a ajouté Brittis Edman. Les dossiers traités devraient représenter l'ensemble des crimes commis et des secteurs de la société et des groupes affectés. » « Beaucoup de victimes et de suspects sont âgés. Il y a un risque réel que nombre d'entre eux ne meurent avant que les victimes n'obtiennent justice pour les crimes dont elles-mêmes et leurs proches ont eu à souffrir. » La justice cambodgienne a besoin d'être réformée de façon significative avant de pouvoir réellement poursuivre les Khmers rouges pour les crimes qu'ils ont commis, si bien que les Chambres extraordinaires sont le seul espoir pour beaucoup des victimes âgées d'obtenir justice. Saloth Sar, le tristement célèbre dirigeant khmer rouge plus connu sous le nom de Pol Pot est mort en 1998 sans avoir été jugé. Amnesty International a également appelé les Nations unies et le gouvernement cambodgien à répondre aux allégations graves de corruption formulées contre les Chambres extraordinaires. Selon certaines affirmations, des commissions illicites auraient été réclamées par des responsables gouvernementaux aux membres cambodgiens des Chambres extraordinaires après leur nomination – ce qui jette de sérieux doutes sur la compétence des Chambres, leur indépendance et leur impartialité. « Toute allégation de corruption doit faire l'objet d'une enquête approfondie dans les meilleurs délais, a recommandé Brittis Edman. Ne pas le faire serait prendre le risque d'affaiblir la crédibilité de l'institution dans son ensemble et de ce qu'elle essaye d'accomplir. »