• Nouvelles

Deux journalistes attaqués en Somalie

Deux journalistes ont été attaqués en l'espace de moins d'une semaine en Somalie. L'un d'eux est mort. Le premier a été hospitalisé dans un état critique après une attaque au couteau, à Abudwaq, samedi dernier. L'autre a été abattu le 4 février à Mogadiscio, la capitale du pays. Said Tahlil Ahmed, directeur de la station de radio somalienne indépendante HornAfrik, a été tué par trois hommes non identifiés dans le quartier du marché de Bakara. Il se rendait avec d'autres journalistes à une réunion convoquée par Al Shabab, le principal groupe d'opposition armé qui se bat à Mogadiscio contre les forces du gouvernement fédéral de transition. Trois jours après cet assassinat, Hassan Bulhan Ali, directeur de la station Radio Abudwaq, à Abudwaq (ville située dans la région de Galgadud, dans le centre de la Somalie), a reçu cinq coups de couteau à l'estomac et au cœur alors qu'il assistait à une réunion de réconciliation locale. Des journalistes d'Abudwaq ont signalé que l'homme qui a attaqué Hassan Bulhan Ali et s'est ensuite enfui avait accusé ce dernier d'avoir diffusé des informations orientées au sujet de son clan. Said Tahlil Ahmed est le deuxième journaliste tué en Somalie cette année, et le onzième depuis le début de l'année 2007. Il est la dernière victime en date d'une campagne de harcèlement et d'homicides ciblés, menée depuis deux ans par toutes les parties au conflit, visant les journalistes, les travailleurs humanitaires et les militants de la société civile. Aucun des homicides dont ont été victimes des journalistes, dont la plupart sont manifestement des assassinats, n'a fait l'objet d'une enquête sérieuse et personne n'a eu à rendre des comptes. Le premier journaliste tué cette année était Hassan Mayow Hassan. Il travaillait pour Radio Shabelle, dans le district d'Afgoye (région du Bas Shabelle), et a été abattu le 1er janvier, après avoir été arrêté à un barrage routier par un membre d'une milice du gouvernement fédéral de transition, semble-t-il. Au cours des deux dernières années, des journalistes somaliens ont été victimes de menaces de mort, d'arrestations et de détentions arbitraires, de coups, d'enlèvements et de mesures visant à restreindre leurs activités, notamment leur travail de diffusion de l'information, de la part des forces du gouvernement fédéral de transition, de ses milices et de groupes armés, qui ont aussi fermé des stations de radio et d'autres médias. Amnesty International considère que ces attaques contre des journalistes sont des actes délibérés commis par toutes les parties au conflit en Somalie afin de les réduire au silence. « Les parties au conflit se sont mises à attaquer et à tuer des journalistes pour régler leurs comptes au sujet des informations diffusées par les médias locaux, et cela a des conséquences paralysantes pour la liberté d'expression en Somalie, a déclaré Michelle Kagari. Le travail qu'effectuent les journalistes somaliens est pourtant essentiel car ils sont les seuls à rendre compte des violences quotidiennes que subit la population dans le cadre d'un conflit qui est devenu trop dangereux pour que puisse s'exercer une surveillance internationale régulière. La communauté internationale devrait demander que les responsables de ces attaques illégales rendent des comptes et que les journalistes soient protégés. » La situation des droits humains en Somalie, qui était déjà très préoccupante du fait du conflit et de l'absence d'un véritable gouvernement depuis 1991, s'est gravement dégradée au cours des deux dernières années. Depuis le début de 2007, la guerre a tué plus de 16 000 civils, causé le déplacement d'au moins 870 000 personnes et provoqué une crise humanitaire. Ce sont maintenant 3,25 millions de Somaliens qui ont besoin de l'aide humanitaire pour survivre.