Turquie : justice n’a toujours pas été rendue pour le meurtre du journaliste Hrant Dink

Les autorités turques sont loin d’être prêtes à déférer à la justice les responsables présumés du meurtre de Hrant Dink, journaliste et défenseur des droits humains assassiné il y a deux ans.

Hrant Dink, citoyen turque d’origine arménienne, a été tué le 19 janvier 2007. Ce directeur de publication de l’hebdomadaire Agos et collaborateur de l’influent quotidien Zaman a été abattu devant les bureaux d’Agos à Istanbul.

Il était connu pour sa volonté de débattre de façon ouverte et critique de la question de l’identité arménienne et des versions officielles concernant les massacres d’Arméniens en 1915 données par la Turquie. Défenseur acharné des droits humains, il a participé à plusieurs projets menés par des militants, des journalistes et des intellectuels de tous bords politiques. Il avait plusieurs fois fait l’objet de poursuites pour avoir exprimé, pourtant sans violence, ses opinions.

« Hrant Dink a été assassiné pour avoir exprimé ses opinions non violentes, semble-t-il avec l’accord tacite d’éléments appartenant à différents services des forces de l’ordre », a déclaré Nicola Duckworth, directrice du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

Vingt personnes soupçonnées d’avoir planifié et commis le meurtre ont été présentées devant les tribunaux. L’une des personnes poursuivies en justice dans le cadre de ce meurtre avait été un informateur de la police. Au cours des mois qui ont précédé le meurtre, elle avait à plusieurs reprises averti la police de l’existence d’un projet d’assassinat de Hrant Dink.

Huit membres de la gendarmerie faisant l’objet d’une autre enquête ont été inculpés de « négligence » pour ne pas avoir réagi lorsqu’on les a avertis d’un projet d’assassinat visant Hrant Dink.

L’un d’eux – Ali Öz, ancien chef de la gendarmerie de Trabzon – est accusé de ne pas avoir transmis les informations relatives au complot visant Hrant Dink et d’avoir empêché la révélation d’éléments de preuve après le meurtre. Avant son assassinat, Hrant Dink avait reçu pendant plusieurs mois des menaces de mort. Malgré tout, aucun policier n’a encore fait l’objet de poursuites.

Dans un rapport de juillet 2008, la Commission parlementaire des droits humains a décrété que les services de sécurité n’avaient pas empêché le meurtre par négligence et manque de coordination.

En outre, des informations figurant dans un rapport de l’Inspection dépendant du cabinet du Premier ministre sur le rôle des forces de sécurité dans le meurtre de Hrant Dink ont filtré ; elles révèleraient que des policiers de la Direction de la sécurité de Trabzon et d’Istanbul n’ont pas rempli le devoir qu’ils avaient de protéger Hrant Dink alors qu’ils disposaient d’informations sur le projet d’assassinat.

« Il faudrait que les autorités rendent public le rapport de l’Inspection dépendant du cabinet du Premier ministre, a ajouté Nicola Duckworth.

« Il y a désormais quantité d’éléments à partir desquels les autorités judiciaires peuvent agir. Il faudrait rouvrir l’enquête pour que tous les membres de la police et de la gendarmerie impliqués dans cette affaire soient déférés à la justice. »