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Cambodge : la Cour suprême fait libérer les boucs émissaires du meurtre d'un syndicaliste

Les deux hommes condamnés à tort au Cambodge pour le meurtre du dirigeant syndical Chea Vichea ont été libérés sous caution après environ cinq années d'emprisonnement. Leur procès a été entaché de graves irrégularités mais leur cas a finalement été réexaminé par la Cour suprême du pays le 31 décembre. D'après des observateurs ayant assisté aux débats et d'après la presse, le président de la Cour suprême a déclaré infondée leur condamnation et a ordonné à la Cour d'appel de rejuger cette affaire. « Nous nous félicitons de la décision de la Cour suprême, qui représente un pas vers la justice. Il faut à présent que la Cour d'appel ordonne d'urgence une enquête efficace et impartiale, afin que les véritables responsables de ce meurtre soient identifiés et déférés à la justice », a déclaré Brittis Edman, qui s'occupe des recherches sur le Cambodge à Amnesty International. Chea Vichea a été abattu le 22 janvier 2004 devant un kiosque à journaux dans le centre de Phnom Penh, selon un mode opératoire évoquant celui des tueurs à gages. Born Samnang et Sok Sam Oeun ont été arrêtés et accusés de ce meurtre peu après. Les deux hommes ont été condamnés à vingt ans d'emprisonnement alors qu'ils avaient un alibi pour le moment du meurtre. Ils ont subi pendant leur détention et leur procès de nombreuses violations des droits humains, notamment des actes de torture et d'autres mauvais traitements. La police n'a pas mené d'enquête efficace et impartiale et la procédure judiciaire a été entachée de graves irrégularités, leur condamnation étant en particulier basée sur des éléments de preuve non fondés et irrecevables. Le 6 avril 2007, la Cour d'appel a confirmé leur condamnation, bien que le procureur ait reconnu qu'il n'y avait pas suffisamment de preuves. Amnesty International estime depuis longtemps que les vrais meurtriers sont toujours en liberté. Le Syndicat libre des travailleurs (SLT), dont Chea Vichea était le président, a également demandé à maintes reprises la libération de Born Samnang et de Sok Sam Oeun. « Il est absolument nécessaire et urgent qu'une enquête soit enfin menée sur la manière dont cette affaire a été traitée, notamment sur les allégations d'actes de torture commis par la police, d'intimidation de témoins et d'ingérence politique dans la procédure judiciaire », a ajouté Brittis Edman.