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Un tribunal d’exception égyptien condamne 22 personnes à des peines d’emprisonnement

Vingt-deux personnes ont été condamnées lundi en Égypte par un tribunal d’exception pour leur participation aux mouvements de protestation violents de Mahalla, au nord du Caire, en avril 2008. La Cour suprême de sûreté de l'État, instaurée par la législation d'exception, n’offre aucune garantie d’équité des procès et prive les accusés de leur droit à un recours. Les peines infligées lundi, qui vont de trois à cinq ans d'emprisonnement, sont les premières prononcées par cette Cour depuis que l’Égypte a prolongé l’état d’urgence en mai 2008, en invoquant des menaces de terrorisme et de troubles dans la région. Tariq Mohamed Abdel Hafiz Al Sawi, Ali Ali Amin Abu Omar, Ahmed Kamel Ahmed Mohamed Ismail et Karim Ahmed Al Sayed Al Rifay, qui sont âgés de dix-neuf à trente-huit ans, et leurs avocats ont déclaré aux juges que des agents du Service de renseignement de la sûreté de l'État les avaient torturés pour leur extorquer des aveux. Cependant, la Cour suprême de sûreté de l'État n’a pas ordonné d’enquête indépendante et les a condamnés à trois ans d'emprisonnement sur la base de leurs « aveux ». Amnesty International a demandé que les 22 personnes soient toutes rejugées par une juridiction de droit commun. « Les condamnés sont utilisés comme boucs émissaires par les autorités qui veulent dissimuler leur incapacité à faire face aux mouvements de protestation de Mahalla et à enquêter sur la mort de trois personnes, dont un adolescent de quinze ans », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International. Les 22 personnes condamnées font partie des 49 jugées pour leur participation présumée aux manifestations violentes contre la hausse du coût de la vie qui ont eu lieu les 6 et 7 avril 2008 dans la ville industrielle de Mahalla. Au moins trois personnes, dont Ahmed Ali Mabrouk, un élève du secondaire, ont été touchées mortellement par des tirs des forces de sécurité, et des dizaines d’autres ont été blessées en raison, semble-t-il, d’un recours excessif à la force au cours de ces manifestations. Amnesty International a demandé l’ouverture d’une enquête sur les homicides d’Ahmed Ali Mabrouk et de deux hommes commis par la police antiémeutes lors des manifestations de Mahalla. Cette enquête n’a toujours pas eu lieu. Parmi les 22 personnes condamnées lundi, 19 – principalement des ouvriers qualifiés d'une vingtaine d'années – ont été condamnées à trois ans d'emprisonnement pour vol. Ahmed El Sayed Al Dahan, un chauffeur de vingt-quatre ans, et Mahmoud Abu Bakr El Shenawi, un charpentier de vingt-deux ans, ont également été condamnés à une peine de trois ans d'emprisonnement, mais pour détention d'armes à feu. Ahmed Abdel Raouf Hassanein, un chômeur de quarante ans, a été condamné, quant à lui, à cinq ans d’emprisonnement pour coups et blessures sur des policiers et détention d’armes. En revanche, les 49 prévenus ont tous été acquittés des accusations d’incendie volontaire et de rassemblement non autorisé « visant à troubler l’ordre public et la sécurité » par la Cour suprême de sûreté de l’État siégeant à Tanta, au nord du Caire. « Nous exhortons les autorités égyptiennes à cesser d’affaiblir les tribunaux de droit commun en ayant recours à des tribunaux spéciaux instaurés par la législation d’exception, qui entérinent les atteintes aux droits humains, y compris la torture », a indiqué Hassiba Hadj Sahraoui.