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La Cour suprême du Brésil reconnaît les droits de populations indigènes

Dans un vote intervenu le 10 décembre, la Cour suprême du Brésil a reconnu les droits des indigènes de la réserve de Raposa Serra do Sol, située à la frontière entre le Brésil, le Guyana et le Vénézuéla. La décision est considérée comme une victoire pour toutes les populations indigènes du Brésil. Elle marque un tournant important dans la bataille que mènent depuis trente ans les Macuxis, les Wapixanas, les Ingarikós, les Taurepangs et les Patamonas pour que soit reconnu leur droit constitutionnel de jouir de leurs terres ancestrales. Environ 20 000 personnes, en majorité des Macuxis, vivent dans la réserve de Raposa Serra do Sol, qui s’étend sur 1,7 millions d’hectares. Elle a été instituée par décret du président Lula en avril 2005, après un combat de trente ans pour la reconnaissance de ces terres. Au moins 20 indigènes ont été tués durant cette période, et des centaines d'autres ont été frappés ou ont vu leur maison détruite et leur bétail éliminé par les propriétaires locaux, les colons et les policiers militaires. Le gouvernement de l’État continue de s’opposer au processus de démarcation des terres, encourageant les installations illégales dans la zone et soutenant les riziculteurs qui, en dépit d’une précédente offre d'indemnisation en échange d'un départ, continuent de cultiver sur les terres de la réserve, en toute illégalité. Des militaires ont également critiqué l’existence de la réserve, affirmant qu'elle représente une menace pour la sécurité nationale. En avril, la Cour suprême a suspendu une opération de la police fédérale visant à expulser les riziculteurs, dans l'attente d’une décision sur un recours déposé par le gouvernement de l’État et par deux députés contre le processus de ratification. En août, l’audience de la Cour suprême a été ajournée, l’un des juges ayant demandé un délai de réflexion supplémentaire. Huit des 11 juges de la Cour suprême se sont prononcés pour le maintien de la démarcation initiale de la réserve de Raposa Serra do Sol, qui en fait une seule zone non morcelée, après que des responsables politiques de l’État et des fermiers locaux eurent contesté la constitutionnalité de la réserve. La décision finale n’interviendra toutefois qu'en 2009, l'un des juges ayant demandé un délai de réflexion supplémentaire. Amnesty International s'est déclarée préoccupée par le report, alors que le vote de la majorité des juges garantit l'intégrité de la réserve. Ce délai signifie que l’ordre d’expulsion contre les grands riziculteurs qui exploitent illégalement les terres de la réserve va être de nouveau suspendu. Ces riziculteurs se sont livrés à des attaques et des actes d’intimidation contre les indigènes, notamment en mai 2008 lorsque des hommes masqués ont lancé des cocktails Molotov et tiré des coups de feu, blessant 10 personnes. D’autres attaques au cocktail Molotov ont été signalées récemment, de même que le passage près de la réserve d’hommes à moto qui tiraient des coups de feu en l’air. « Les autorités doivent absolument mener des enquêtes approfondies sur toutes ces agressions et assurer pleinement la protection des groupes indigènes, en attendant que la Cour suprême rende sa décision finale », a déclaré Patrick Wilcken, chargé de campagne dans l’équipe Brésil d’Amnesty International. Amnesty International a également demandé au gouvernement du Brésil de mettre à profit cette victoire pour mener à terme le processus trop longtemps différé de ratification d’autres terres contestées, notamment celles des Guaranis dans l’État du Mato Grosso do Sul. « C'est seulement ainsi que l'on pourra mettre un terme à la violence et à la misère sociale dont les populations indigènes sont toujours victimes », a indiqué Patrick Wilcken.